30 mai 2026

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Crise politique au Bénin : putsch avorté contre Patrice Talon

Des tirs ont retenti ce dimanche à Cotonou, capitale économique du Bénin, tandis qu’un groupe de soldats annonçait à la télévision publique la destitution du président Patrice Talon. Rapidement, le ministre de l’Intérieur a qualifié cette action de « tentative de coup d’État » et assuré qu’elle avait été « neutralisée » avec succès.

Le président béninois Patrice Talon lors d’une cérémonie à Cotonou, en 2022.

Que s’est-il produit à Cotonou ?

Huit militaires, identifiés comme membres d’un Comité militaire pour la refondation (CMR), ont pris le contrôle des studios de la télévision nationale. Armés de fusils d’assaut, ils ont proclamé un lieutenant-colonel « président du CMR » et justifié leur action par plusieurs griefs :

  • Une détérioration de la sécurité au nord du pays
  • Le mauvais traitement des soldats tombés au combat et de leurs familles
  • Des promotions jugées injustes au sein de l’armée
  • Une « remise en cause déguisée des libertés fondamentales »

Des barricades ont été érigées devant le palais présidentiel et l’hôtel Sofitel, tandis que les accès à plusieurs zones stratégiques étaient restreints. Pourtant, dans le reste de la ville, la vie semblait suivre son cours normalement.

Comment le gouvernement béninois a-t-il réagi ?

Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a déclaré à la télévision que « les forces armées, fidèles à leur serment, sont restées républicaines ». Selon lui, « un petit groupe de personnes a tenté de prendre le contrôle de la télévision, mais l’armée régulière a repris le contrôle ». Il a ajouté que « Cotonou et le pays sont totalement sécurisés ».

Selon des sources militaires citées par l’AFP, une douzaine de putschistes ont été arrêtés, tandis que la situation était jugée « sous contrôle ». Le palais présidentiel et les institutions clés n’auraient jamais été menacés.

Qui est Patrice Talon et quel est son bilan ?

Patrice Talon, en fin de second mandat, doit céder le pouvoir en avril 2026, conformément à la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Bien que salué pour son action économique, il est critiqué pour un virage autoritaire dans un pays autrefois modèle démocratique en Afrique de l’Ouest.

Son gouvernement fait face à des défis majeurs, notamment la menace djihadiste au nord et des tensions sociales persistantes.

Quelles sont les réactions internationales ?

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a fermement condamné cette « action anticonstitutionnelle », réaffirmant son soutien au gouvernement béninois.

L’Union africaine (UA) a également dénoncé cette tentative de coup d’État, appelant les militaires à « retourner immédiatement à leurs obligations professionnelles ».

Contexte : le Bénin face à l’instabilité politique

Le Bénin a connu plusieurs coups d’État ou tentatives au cours de son histoire :

  • 1963 : premier coup d’État mené par Christophe Soglo
  • 1965 : reprise du pouvoir par les militaires
  • 1969 : renversement d’Émile Derlin Zinsou
  • 2020 et 2024 : deux tentatives de coup d’État déjouées sous la présidence de Patrice Talon

Cette instabilité s’inscrit dans un contexte régional marqué par une recrudescence des coups d’État depuis 2020 au Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée et plus récemment en Guinée-Bissau.