8 juin 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Crise sanitaire en RDC : l’épidémie d’Ebola s’aggrave dans un climat d’insécurité

GOMA, NORTH KIVU, DEMOCRATIC REPUBLIC OF CONGO - 2019/06/15: Medical staff dressed in protective gear before entering an isolation area at an Ebola treatment centre in Goma. DR Congo is currently experiencing the second worst Ebola outbreak in recorded history. More than 1,400 people have died. (Photo by Sally Hayden/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Le 17 mai 2026, l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo et s’étend à l’Ouganda a été officiellement qualifiée d’urgence de santé publique de portée internationale. Face à cette menace, un plan de riposte de six mois a été lancé début juin, nécessitant la mobilisation de 518 millions de dollars. Cette 17ᵉ vague épidémique, provoquée par la souche rare Bundibugyo, survient dans un environnement particulièrement hostile où l’absence de vaccin homologué se conjugue à une instabilité sécuritaire chronique.

RDC : la riposte Ebola face à l’instabilité politique et sécuritaire

Un système de santé à l’épreuve des conflits armés

L’épidémie actuelle s’installe dans une région déjà meurtrie par des crises structurelles. Les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont les plus exposées. En Ituri, épicentre de la contagion, près d’un million de personnes déplacées vivent dans des camps surpeuplés, créant un terrain fertile pour la transmission de virus. Cette crise sanitaire vient s’ajouter aux épidémies persistantes de choléra et de Mpox qui touchent la zone depuis plusieurs mois.

L’insécurité, exacerbée par les offensives de groupes armés comme le M23, entrave l’accès aux soins. Les services médicaux locaux, affaiblis par des décennies de violence, peinent à répondre aux besoins vitaux, rendant les populations extrêmement dépendantes de l’assistance internationale. Le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba Mulamba, a qualifié la situation d’urgence absolue, avec 282 cas confirmés et des dizaines de décès enregistrés à la fin du mois de mai 2026.

Fragmentation territoriale et obstacles à la riposte

L’un des défis majeurs réside dans la perte de contrôle territorial par l’État congolais. Dans les zones occupées par la rébellion du M23, la coordination sanitaire est quasi inexistante. Bien que des centres de traitement soient en cours d’installation à Goma, la fragmentation du territoire empêche une réponse unifiée. Cette situation pose une question cruciale : comment piloter une politique de santé publique quand le gouvernement central ne dispose plus du monopole de la sécurité sur l’ensemble du pays ?

À cette complexité politique s’ajoutent des résistances communautaires. Comme lors des précédentes épidémies, la méfiance envers les équipes médicales reste vive. Les protocoles sanitaires, notamment l’interdiction des rituels funéraires traditionnels impliquant un contact physique avec les défunts, sont perçus comme des agressions culturelles. En Ituri, ce ressentiment est alimenté par un sentiment d’abandon étatique et de suspicion envers les interventions extérieures.

Menaces sur la stabilité régionale en Afrique centrale

Le virus ne s’arrête pas aux frontières. Des cas ont déjà été signalés à Kampala, en Ouganda, et la menace plane sur une dizaine de pays voisins, du Soudan du Sud à la Zambie, en passant par le Rwanda et le Burundi. La porosité des frontières facilite la circulation du pathogène, tandis que les réponses diplomatiques oscillent entre coopération et repli.

L’Ouganda a suspendu certains transports avec la RDC, et le Rwanda a fermé sa frontière au niveau de Goma. Ces mesures unilatérales aggravent des tensions bilatérales déjà vives. La santé est devenue un nouvel enjeu de pouvoir entre Kinshasa et Kigali, le M23 tentant de s’imposer comme un acteur de santé publique dans les zones sous son influence.

Une architecture de l’aide internationale en mutation

La gestion de cette crise est également impactée par le désengagement de certains bailleurs traditionnels. La réduction des financements américains et le retrait de certaines structures multilatérales ont affaibli les capacités de détection précoce. Les nouveaux accords bilatéraux, souvent basés sur des logiques de conditionnalité extractive, peinent à combler le vide laissé par le recul du multilatéralisme.

Malgré le déploiement d’ONG comme Médecins sans frontières, ALIMA ou la Croix-Rouge, les moyens financiers restent insuffisants. Le plan conjoint de l’Africa CDC et des instances internationales, qui vise à mobiliser 518 millions de dollars, n’a pour l’instant recueilli qu’une partie des promesses de dons. Cette crise révèle la fragilité d’un système humanitaire mondial en pleine recomposition, où la solidarité internationale semble désormais passer après les intérêts stratégiques nationaux.