31 mai 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Défaite des mercenaires russes au Mali : échec cuisant et conséquences dramatiques

Pourquoi l’intervention des mercenaires russes au Mali s’est soldée par un échec retentissant

En annonçant son départ du Mali en début d’année, le groupe Wagner prétendait avoir « accompli sa mission ». Pourtant, après trois ans et demi d’opérations contre-terroristes et contre-insurrectionnelles, le bilan est accablant : le pays reste plongé dans un chaos sécuritaire sans précédent, au point d’être aujourd’hui considéré comme l’épicentre mondial du terrorisme.

Une stratégie militaire désastreuse et des méthodes controversées

Malgré une réputation de force redoutable et des annonces triomphales, les méthodes du groupe Wagner se sont révélées inefficaces, brutales et contre-productives. Selon un rapport publié par l’organisme The Sentry le 27 août, la stratégie russe au Mali a accumulé les échecs en cascade.

Le Kremlin a alors remplacé Wagner par une nouvelle entité : l’Africa Corps, une force paramilitaire officiellement sous le contrôle du ministère russe de la Défense. Cette nouvelle structure intègre jusqu’à 80 % d’anciens mercenaires de Wagner, comme l’indique un rapport du Timbuktu Institute publié le 29 juillet.

Or, l’héritage de Wagner n’a pas disparu avec ce changement. Les exactions attribuées au groupe – assassinats extrajudiciaires, tortures et violations systématiques des droits humains – persistent sous cette nouvelle bannière. Ces agissements, souvent commis avec une impunité totale, alimentent un profond ressentiment au sein des populations locales et favorisent le recrutement djihadiste.

Des relations toxiques avec l’armée malienne

Les témoignages recueillis par The Sentry auprès de militaires maliens, de services de renseignement et de responsables gouvernementaux révèlent une méfiance généralisée envers les mercenaires russes. Les soldats maliens dénoncent leur mépris des chaînes de commandement, leur opacité opérationnelle et leur responsabilité dans les défaillances sécuritaires ayant entraîné des pertes humaines et matérielles.

Les méthodes brutales et désorganisées de Wagner n’ont pas non plus réussi à gagner la confiance des civils. Au contraire, elles ont aggravé l’insécurité et déstabilisé davantage la région.

Des tactiques qui nourrissent l’insécurité et le recrutement terroriste

Depuis l’arrivée de Wagner au Mali, on observe une hausse alarmante des attaques contre les civils, perpétrées par les forces maliennes et leurs milices alliées. Le groupe russe est notamment accusé de cibler indistinctement les populations, sans distinction entre combattants et non-combattants.

Parmi les exactions les plus graves figure le massacre de Moura en 2022, où plus de 500 civils ont été tués, dont au moins 300 exécutés sommairement. Ces crimes ont été documentés par des experts des Nations unies, qui ont appelé en 2023 à une enquête indépendante sur les violations des droits humains, voire des crimes de guerre commis par les forces gouvernementales et Wagner.

Les rapports de l’ONU décrivent une multitude d’exactions : exécutions sommaires, charniers, tortures, viols et violences sexuelles. Malgré ces preuves accablantes, aucune enquête sérieuse n’a abouti au Mali.

Un lien direct entre la brutalité russe et la radicalisation

Les excès de Wagner ont eu un effet pervers : ils ont accéléré le recrutement djihadiste. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, groupe affilié à Al-Qaïda, a expliqué en 2024 sur France24 que la violence russe avait poussé les populations à rejoindre les groupes armés pour « défendre leur religion et leurs terres ».

Les vidéos montrant les mercenaires maltraitant des civils touaregs et les attaques au drone contre des mariages ou des enterrements ont encore alimenté la colère et la propagande djihadiste.

L’échec opérationnel et la perte de crédibilité de Wagner

En juillet 2024, Wagner a subi une défaite humiliante près du village de Tin Zaouatine, dans le Nord-Est du pays. Une attaque menée par plusieurs groupes terroristes a coûté la vie à 84 mercenaires russes et 47 soldats des Forces armées maliennes (FAMa).

Cette débâcle a révélé les tensions croissantes entre Wagner et l’armée malienne. Les survivants russes accusent les services de renseignement maliens d’avoir sous-estimé les forces ennemies, tandis que les officiers maliens reprochent aux mercenaires de refuser de se soumettre aux ordres, de s’accaparer des véhicules militaires et de les traiter avec un mépris raciste.

« Nous sommes passés de Charybde en Scylla », a résumé un officier de haut rang auprès de The Sentry.

L’impuissance face aux attaques terroristes

La situation a atteint son paroxysme en septembre 2024, lorsque des militants ont attaqué l’aéroport de Bamako, causant la mort de plus de 100 personnes. Les unités de Wagner stationnées à proximité n’auraient réagit qu’cinq heures après le début de l’assaut.

Un garde de l’aéroport a déclaré : « Si vous ne les payez pas, ils ne bougent pas. »

Un bilan accablant et des leçons pour l’Africa Corps

Charles Cater, directeur des enquêtes de The Sentry, résume l’échec de Wagner : « Les opérations militaires brutales et mal planifiées de Wagner ont renforcé les alliances entre les groupes armés, provoqué des pertes massives pour le groupe et augmenté le nombre de victimes civiles. En définitive, cette intervention n’a été bénéfique ni pour le Mali, ni pour le gouvernement militaire, ni même pour Wagner lui-même. »

Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, met en garde contre la répétition de ces erreurs : « À mesure que Moscou étend son influence en Afrique via l’Africa Corps, il est crucial de comprendre que Wagner n’était ni une force invincible, ni un partenaire économique fiable. L’exemple malien est un signal d’alerte pour les pays africains envisageant de collaborer avec cette nouvelle entité. »