12 mai 2026

Dette du Sénégal : enjeux et solutions pour une économie durable

À Dakar, la question de la dette du Sénégal s’impose comme un sujet brûlant de débat économique. Pendant deux jours, des économistes, des experts et des responsables politiques se sont réunis pour explorer des solutions durables face à une crise qui s’aggrave. L’événement, intitulé « Crise de la dette au Sénégal : vers des alternatives progressistes à l’austérité », a mis en lumière les limites des politiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI).

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte africain marqué par des tensions croissantes autour de l’endettement. Les participants ont souligné la nécessité de repenser les mécanismes de financement pour éviter les pièges de la dette extérieure.

le fmi, un acteur controversé dans la gestion de la dette

Pour l’économiste Ndongo Samba Sylla, le FMI n’est pas un partenaire adapté pour résoudre la crise de la dette au Sénégal. Selon lui, ses interventions aggravent la situation en maintenant les pays africains dans un cycle de dépendance. « Le FMI n’est pas la solution, il en est même la cause », déclare-t-il devant un parterre d’experts. Ses propos reflètent une critique récurrente : le FMI privilégie les créanciers au détriment des pays emprunteurs, souvent pour servir des intérêts géopolitiques.

Les critiques pointent notamment le rôle des États-Unis et de la France, dont les stratégies économiques influencent directement les politiques du FMI. « Les pays les plus endettés sont souvent ceux qui soutiennent les grandes puissances. Le FMI ne sera jamais la solution pour nous », ajoute-t-il.

dette et franc cfa : un débat politique et économique

Ndongo Samba Sylla a également abordé la question du franc CFA, qu’il considère comme un frein majeur à la souveraineté économique du Sénégal. Cependant, Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center, nuance cette analyse. Pour lui, la crise de la dette dépasse les aspects monétaires : « Il faut gérer ce problème de manière collective avec tous les pays africains endettés. C’est en unissant nos forces que nous pourrons refuser les politiques d’austérité et protéger nos économies. »

un endettement dépassant les 130 % du pib

Fin 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko avait révélé l’existence d’une dette cachée et d’irrégularités budgétaires liées à l’administration précédente. Une révélation confirmée par le FMI, qui estime désormais l’endettement du Sénégal à plus de 130 % de son PIB.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour exiger l’annulation de cette dette, jugée illégale. Ndongo Samba Sylla explique : « Une dette illégale ne doit pas être honorée. Avec une banque centrale efficace, ces dettes pourraient être gérées sans étouffer le budget de l’État. »

Alioune Tine, quant à lui, appelle à une approche pragmatique. « Il faut dépasser les réflexes de souveraineté qui nous enferment dans l’isolement. La mondialisation exige une coopération renforcée pour faire face aux rapports de force actuels. »

vers plus de transparence budgétaire

Le gouvernement sénégalais, via le parti au pouvoir Pastef-Les Patriotes, a annoncé des mesures pour mieux contrôler la dette. Ayib Daffé, président du groupe parlementaire du parti, insiste sur l’importance d’un contrôle parlementaire rigoureux. « Pour éviter que de telles situations ne se reproduisent, il est essentiel de renforcer la surveillance de l’exécution budgétaire et de garantir la sincérité des lois de finances. »

En marge du sommet Afrique-France à Nairobi, le président Bassirou Diomaye Faye a rencontré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. L’objectif ? Trouver une issue à la crise économique qui touche le Sénégal depuis plus de deux ans.