1 août 2026

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Diplomatie mauritanienne : un équilibre fragile face aux tensions du Sahara occidental

illustration des tensions entre Mauritanie, Sénégal et Maroc sur le Sahara occidental

Une querelle diplomatique survenue en juillet 2026 à Dakar a braqué les projecteurs sur la position complexe de la Mauritanie concernant le Sahara occidental. Entre neutralité stratégique, enjeux économiques et préservation de sa souveraineté, Nouakchott manie l’ambiguïté avec une habileté qui défie les conventions régionales.

Le déclencheur : une phrase, un tollé

Lors d’un événement organisé à l’ambassade du Maroc à Dakar, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a suscité une vive polémique. En évoquant l’héritage territorial précolonial entre le Maroc et le Sénégal, il a involontairement ravivé une blessure historique pour la Mauritanie. Son homologue mauritanien, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane, a réagi avec fermeté, qualifiant ces propos de tentative de révisionnisme effaçant l’existence même de la Mauritanie.

Bien que l’ambassadeur marocain, Hassan Naciri, ait tenté d’apaiser les tensions, cet incident a révélé la délicatesse du positionnement mauritanien. Comment justifier sa présence lors d’une célébration de la marocanité du Sahara tout en affichant une neutralité rigoureuse dans ce conflit de longue date ?

Réactions et postures : une fermeté inattendue

Les propos de Cheikh Tidiane Gadio ont suscité des réactions immédiates en Mauritanie, notamment de la part de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Isselmou Ahmed Izidbih. Ce dernier a appelé à déclarer l’ancien diplomate sénégalais persona non grata sur l’ensemble du territoire mauritanien, incluant son espace aérien et ses eaux territoriales.

Entre reconnaissance officielle et concessions discrètes

La position mauritanienne oscille entre deux réalités. D’un côté, Nouakchott reconnaît officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD) depuis 1984 et entretient des relations avec le Front Polisario, tout en préservant ses liens avec l’Algérie, un partenaire clé pour sa stabilité nordique.

De l’autre, la Mauritanie refuse de conférer un statut d’ambassade à la représentation sahraouie sur son sol, une concession majeure accordée au Maroc. Cette ambiguïté permet à Nouakchott de maintenir un dialogue avec Rabat, à condition que ce dernier n’évoque pas, même indirectement, le concept du « Grand Maroc », qui inclut historiquement le territoire mauritanien.

Guerguerat : un enjeu économique vital

Au-delà des considérations symboliques, la Mauritanie agit en fonction de ses intérêts économiques. Le poste-frontière de Guerguerat, situé à la frontière entre la Mauritanie et le Sahara occidental, constitue un axe stratégique. Chaque jour, des centaines de camions marocains traversent cette zone pour alimenter les marchés mauritanien, sénégalais et malien en produits agricoles et manufacturés. Bloquer ce flux reviendrait à asphyxier l’économie mauritanienne, déjà vulnérable.

En autorisant ce commerce transfrontalier, Nouakchott valide, de fait, le contrôle opérationnel du Maroc sur le Sahara occidental, sans pour autant le reconnaître officiellement. Une subtile stratégie qui permet à la Mauritanie de préserver ses approvisionnements tout en évitant les frictions directes.

Une neutralité calculée pour survivre géopolitiquement

Pour les analystes régionaux, cette politique du « ni-ni » n’est pas le fruit du hasard, mais une stratégie de survie. Coincée entre un Maroc expansionniste sur le plan économique et une Algérie intransigeante sur le plan géopolitique, la Mauritanie ne peut se permettre de s’aliéner l’un ou l’autre sans risquer des représailles économiques ou une instabilité frontalière.

L’incident provoqué par Cheikh Tidiane Gadio rappelle que cette neutralité, aussi ingénieuse soit-elle, reste un exercice périlleux. Dès que la souveraineté ou l’intégrité territoriale de la Mauritanie semble menacée, Nouakchott n’hésite pas à sortir de sa réserve pour rappeler son rôle indispensable dans l’équilibre maghrébin.