15 mai 2026

En Mauritanie, les réfugiés maliens entre fragile espoir de retour et crainte d’un nouvel exode

Des réfugiés maliens près d’un point d’eau d’un camp de fortune à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.

Publié le 15 mai 2026 Lecture : 4 minutes.

« Si les mercenaires russes partent, nous retournerons chez nous »: en Mauritanie, où il a fui le conflit déchirant son Mali natal, Mosso* évoque l’espoir d’un retour chez lui après les attaques d’ampleur subies fin avril par l’armée malienne et ses alliés russes de l’Africa Corps. Ces attaques coordonnées, menées par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda), ont infligé un coup sans précédent à la junte au pouvoir au Mali depuis un putsch en 2020, tuant notamment le ministre de la Défense.

Dans la localité mauritanienne de Fassala, à la frontière malienne, les crimes des paramilitaires russes ont laissé un souvenir douloureux à de nombreux réfugiés. Ici, on les appelle encore « Wagner », du nom de la milice privée russe – devenue « Africa Corps » – qui appuie l’armée malienne dans sa lutte antijihadiste depuis le départ des forces françaises.

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« C’est Goïta qui a fait venir Wagner »

Assis sous une tente de fortune pour échapper à la chaleur harassante du désert sahélien, Mosso espère « la chute de (Assimi) Goïta », le chef de la junte malienne, « car c’est lui qui a fait venir Wagner chez nous », lance-t-il. Cet éleveur touareg nomade de 57 ans à la longue barbe blanche a fui la région de Mopti, dans le centre du Mali, il y a trois semaines quand des hommes blancs, qu’il identifie comme des paramilitaires russes, sont arrivés dans son campement et ont enlevé des hommes. Son propre frère a été tué par des Russes sous les yeux de son fils alors âgé de 14 ans, il y a un an, rapporte-t-il.

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Au Mali, de nombreux civils, accusés d’avoir collaboré avec le camp adverse, sont régulièrement victimes de représailles et d’exactions de l’armée et de ses supplétifs russes, ou des jihadistes. Le 20 avril, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples concernant des violations (CADHP) présumées commises au Mali et impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner.

Les images d’un convoi de Russes quittant Kidal, ville-clé du Nord malien passée sous le contrôle de la rébellion touareg fin avril, a suscité parmi de nombreux réfugiés un début d’espoir prudent de voir les paramilitaires quitter leur pays. Comme Mosso, ils sont environ 300 000 Maliens à avoir trouvé refuge dans la région du Hodh Chargui, en Mauritanie, depuis le début du conflit en 2012.

L’alliance FLA et Jnim en question

À une cinquantaine de kilomètres de la frontière, le camp de Mbera accueille aujourd’hui 120 000 réfugiés qui ont fui les violences commises par les belligérants de tous bords: jihadistes, armée malienne, mercenaires russes ou encore groupes communautaires. Dans les allées ensablées du camp, Ahmed*, 35 ans, « espère le retour de la paix et retourner dans (son) pays ». Lui aussi dit souhaiter la chute des militaires au pouvoir, « qui ont amené tous les problèmes dans le pays ». « C’est à cause de Wagner que tout le monde est venu ici », affirme ce Touareg qui a voulu fuir « l’amalgame » fait par l’armée malienne et leurs supplétifs russes.

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Regard affable et peau burinée par le soleil, Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, ne se réjouit pas de la récente offensive rebelle. « Je suis très loin d’être content que le FLA ait repris Kidal », souffle-t-il. Selon lui, l’alliance entre le FLA et les jihadistes est une erreur: « Pour moi, le Jnim, c’est un mouvement terroriste. Leur objectif ne colle pas du tout avec notre idéologie de musulmans modérés, de musulmans pacifistes ».

Les blocus imposés par les jihadistes du Jnim sur des localités maliennes depuis octobre dernier ont provoqué une nouvelle vague d’arrivée de réfugiés dans la région, de près de 14 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

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Craintes d’un nouvel afflux de réfugiés

Les hostilités de ces derniers jours au Mali font craindre aux organisations humanitaires un nouvel afflux de réfugiés, dans cette région désertique où l’accès aux ressources est sous tension. « Nous suivons l’évolution de la situation avec une vive attention et une profonde inquiétude », souligne Omar Doukali, porte-parole du HCR en Mauritanie.

Dans un Sahel devenu épicentre mondial des violences jihadistes, la Mauritanie, vaste pays désertique de 5,5 millions d’habitants, se démarque par sa remarquable stabilité. Mais les plus de 300 000 réfugiés maliens y créent des tensions « sur les pâturages, sur les ressources en eau et sur l’ensemble des services de base, y compris la santé », relève Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, dont la commune accueille 70 000 réfugiés et qui s’inquiète de l’intensification des combats au Mali voisin.

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La situation y est plus que jamais incertaine. Le FLA a annoncé son intention de conquérir les grandes villes du nord du Mali et prédit la chute de la junte au pouvoir face à son offensive. Sa petite fille d’un an dans les bras, Tilleli*, 22 ans, raconte sa fuite du Mali il y a un mois quand des Russes et l’armée ont pillé et brûlé son village dans la région de Mopti (centre) : « Je ne peux rentrer chez moi qu’après le départ des Wagner de mon pays », affirme-t-elle. « Je n’ai pas espoir qu’il y aura la paix si tôt », souffle la jeune mère.

(Avec AFP)

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