Evacuation des morts à la prison Centrale de Goma/Munzenze

La Commission d’enquête indépendante des Nations Unies, chargée d’examiner la situation des droits humains dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), a présenté le lundi 29 juin 2026 sa première mise à jour officielle. Cette présentation s’est déroulée lors de la 62e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, en Suisse, faisant suite à une mission initiale menée dans la capitale congolaise, Kinshasa.

Devant les États membres, les organisations de la société civile et de défense des droits de l’homme, ainsi que les représentants du gouvernement de la RDC, Arnauld Akodjenou, président de la Commission, a souligné la gravité exceptionnelle de la situation dans l’Est du pays. Il a insisté sur l’impératif d’une enquête crédible, indépendante et axée sur les victimes pour faire la lumière sur les événements. Cette mission initiale a permis de confirmer la complexité et l’urgence de la crise.

Au cours de cette phase d’exploration, la Commission a engagé des discussions approfondies avec des survivants, des hauts fonctionnaires gouvernementaux, des acteurs de la société civile, des entités des Nations Unies et des diplomates. L’Institution nationale des droits de l’homme a également été consultée. Bien que l’équipe n’ait pas pu se rendre à Goma, des témoignages et des informations cruciales ont été recueillis auprès de personnes et d’organisations issues de Goma et d’autres régions couvertes par le mandat de la Commission, directement à Kinshasa. Des visites ultérieures au Nord-Kivu et au Sud-Kivu sont prévues dès que les conditions le permettront.

Les témoignages recueillis décrivent une crise multidimensionnelle affectant gravement les civils. Cette situation est exacerbée par des déplacements massifs de population, des épidémies, l’affaiblissement des institutions étatiques et un contexte régional particulièrement tendu. La Commission a reçu des récits alarmants concernant des enfants, des violences sexuelles liées au conflit (incluant l’esclavage sexuel), des recrutements forcés, des exécutions illégales et des arrestations arbitraires. Des attaques contre des écoles et des établissements de santé, ainsi que des mauvais traitements et des pratiques de détention en dehors des garanties légales, ont également été signalées. À cela s’ajoutent des préoccupations concernant les barrages routiers illégaux, les prétendues taxes, l’entrave à l’accès humanitaire et les menaces visant les défenseurs des droits humains et les journalistes, le tout aggravé par la menace persistante d’Ebola.

S’adressant directement à la délégation congolaise et au peuple de la RDC, Arnauld Akodjenou a réaffirmé que la Commission est pleinement consciente de l’ampleur de la crise et des souffrances endurées par les populations civiles dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et au-delà. Il a clairement indiqué que la mission de la Commission est d’établir les faits avec indépendance et impartialité, sans cibler spécifiquement un État, une communauté ou une institution. Son objectif est de préserver les preuves, de contribuer à la lutte contre l’impunité et de formuler des recommandations visant à prévenir de futures violations. Le président a souligné que la Commission ne préjuge ni des faits ni des responsabilités à ce stade, mais que la gravité des informations exige une enquête rigoureuse et indépendante, garantissant la protection des victimes, des témoins, des défenseurs des droits humains et des journalistes.

La Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu a été instituée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies le 7 février 2025. Cette création est intervenue lors d’une session extraordinaire spécifiquement dédiée à la situation des droits humains dans l’Est du pays. La résolution S-37/1 confie à la Commission la tâche d’enquêter sur les faits, les circonstances et les causes profondes de toutes les violations présumées des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Une attention particulière est portée aux violations affectant les femmes et les enfants, celles constituant des violences sexuelles ou sexistes, ainsi que celles commises contre les personnes déplacées ou réfugiées. La Commission est également chargée d’examiner les crimes internationaux potentiels dans le contexte de l’escalade des hostilités qui a débuté en janvier 2025 et qui continue de ravager le Nord-Kivu et le Sud-Kivu en République démocratique du Congo.