Le Sénégal traverse une zone de turbulences politiques majeures. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis un terme aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko, ce vendredi. Cette décision marque une rupture brutale entre les deux hommes qui, portés par une vague d’espoir sans précédent, avaient accédé au pouvoir en avril 2024.
C’est par la voix du secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba, que la nouvelle a été diffusée sur les ondes de la télévision nationale. Le décret présidentiel stipule la fin de mission pour Ousmane Sonko ainsi que pour l’ensemble des ministres et secrétaires d’État. En attendant la formation d’une nouvelle équipe, les membres sortants restent chargés d’expédier les affaires courantes.
Ce divorce politique n’est pas une surprise totale pour les observateurs de la scène dakaroise. Depuis l’investiture de Bassirou Diomaye Faye, les rapports avec son ancien mentor n’ont cessé de se dégrader. Ousmane Sonko, figure de proue de l’opposition sous le régime précédent, avait été le grand artisan de la victoire de l’actuel chef de l’État après avoir été lui-même écarté de la course présidentielle suite à une condamnation judiciaire.
Une alliance électorale devenue intenable
Le duo, qui battait campagne sous le slogan évocateur « Diomaye Moy Sonko » (Diomaye c’est Sonko), semble avoir atteint un point de non-retour. Ousmane Sonko avait su captiver la jeunesse sénégalaise avec un discours souverainiste et panafricaniste, s’opposant frontalement à la gouvernance de Macky Sall.
Cependant, l’exercice du pouvoir a révélé des divergences de fond. Récemment, le Premier ministre avait tenu des propos virulents devant le Parlement, fustigeant ce qu’il qualifie de « tyrannie » de l’Occident sur les questions de mœurs. Parallèlement, le président Faye avait publiquement exprimé ses réserves face à la « personnalisation excessive » du pouvoir au sein de la mouvance présidentielle, rappelant que le maintien du Premier ministre dépendait exclusivement de sa confiance.
Un climat économique et politique sous tension
Malgré sa révocation, Ousmane Sonko a affiché une certaine sérénité sur les réseaux sociaux, affirmant avoir « le cœur léger ». Ses partisans se sont d’ailleurs rassemblés massivement devant son domicile pour lui témoigner leur soutien. Le parti qu’il dirige conserve une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, et les récentes réformes électorales pourraient lui permettre de briguer la présidence en 2029.
Sur le plan économique, le pays fait face à des défis colossaux. Le Sénégal affiche une dette publique atteignant 132 % du PIB, une situation héritée de l’administration précédente. Cette opacité financière a conduit à la suspension des aides du FMI, plongeant le nouvel exécutif dans une gestion de crise permanente.

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