29 juin 2026

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Financement italien au Niger : une souveraineté en trompe-l’œil

Alors que les discours sur l’indépendance économique et la rupture avec les dépendances extérieures envahissent l’espace public, l’annonce d’un appui italien de 3 millions d’euros pour « booster la filière tomate » révèle une contradiction flagrante. Pour un État qui clame son souverainisme et son autarcie, solliciter une aide extérieure pour des secteurs aussi fondamentaux que le maraîchage pose une interrogation centrale : peut-on prétendre à la souveraineté quand on dépend de l’Europe pour cultiver ses propres tomates ?

Une autonomie qui ne se négocie pas à l’extérieur

La véritable autonomie ne s’obtient pas par des subventions ou des prêts étrangers, même qualifiés de « coopération au développement ». Si un pays choisit la voie de l’autosuffisance, il doit en maîtriser les leviers : mobiliser l’épargne nationale, réorienter ses budgets régaliens et faire confiance à ses acteurs locaux.

La tomate n’est ni un processeur de haute technologie ni une innovation spatiale nécessitant un transfert de compétences occidentales complexes. C’est une culture que les paysans locaux pratiquent depuis des générations. Injecter des millions d’euros venus de Rome pour mettre en place de la petite irrigation ou des unités de transformation montre une incapacité chronique à structurer notre propre économie par nos propres moyens. C’est la poursuite du cycle de l’assistance, déguisé sous un nouveau vocabulaire managérial.

Planification alimentaire et sécuritaire : Un vide inquiétant

Au-delà de l’incohérence idéologique, ce projet met en lumière un problème bien plus grave : l’absence totale de rigueur en matière de planification stratégique, tant alimentaire que sécuritaire.

Comment élaborer un plan de développement agricole viable sur trois ans dans des zones structurellement instables, sans une coordination étroite avec la sécurité du territoire ? Développer des bassins de production sans garantir au préalable la libre circulation sécurisée des biens et des personnes relève de l’amateurisme. Les infrastructures de petite irrigation, aussi coûteuses soient-elles, seront inutiles si les producteurs ne peuvent accéder à leurs champs ou si les récoltes sont perdues face aux menaces sécuritaires.

En outre, l’absence de planification se manifeste dans la gestion de la chaîne de valeur :

  • Le diagnostic est connu : le pays produit massivement de janvier à juin, puis perd tout faute de stockage, tout en important du concentré de tomate le reste de l’année.
  • La réponse est à courte vue : au lieu de construire une véritable industrie agroalimentaire nationale financée par des capitaux locaux ou des partenariats public-privé endogènes, on se tourne vers des fonds extérieurs pour « colmater les brèches ».

Pour une rupture authentique

Si la trajectoire souverainiste choisie est sérieuse, elle exige une rupture radicale avec ces pratiques. Redynamiser la filière tomate ou toute autre filière stratégique nécessite une planification rigoureuse qui lie la sécurisation des terres, le financement patriotique et la protection du marché intérieur contre les importations massives.

Continuer à célébrer des enveloppes de 3 millions d’euros venues d’Europe, c’est maintenir le pays dans une souveraineté de façade, où les discours sont autarciques mais les assiettes restent suspendues au bon vouloir des capitales occidentales. Il est temps de passer de la posture à la véritable planification.