4 mai 2026

Financement local de la santé sexuelle au Burkina Faso

Financement local de la santé sexuelle au Burkina Faso : les solutions endogènes pour préserver les droits fondamentaux

Face à un recul des aides internationales et à une insécurité persistante, le Burkina Faso mise sur des mécanismes de financement local pour maintenir l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR). Une rencontre organisée par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a permis d’explorer des pistes concrètes pour pérenniser ces services essentiels.

Selon les dernières données du ministère de la Santé, plus de 80 % des ressources allouées à la SSR provenaient jusqu’alors de partenaires étrangers. Or, ces contributions se tarissent progressivement, mettant en péril la continuité des soins dans un contexte déjà fragilisé par les crises sécuritaires.

Désiré Thiombiano, directeur de AMS synergie Burkina Faso

Des solutions locales pour des défis globaux

Pour Désiré Thiombiano, directeur de AMS synergie Burkina Faso, l’autonomisation des communautés représente une priorité absolue. Il insiste sur la nécessité de passer d’une logique d’assistance à une dynamique d’auto-investissement :

  • Sensibilisation accrue : informer les populations sur l’importance de contribuer personnellement à la mobilisation des fonds pour la SSR.
  • Implication des leaders : associer les figures religieuses et traditionnelles à la promotion de la masculinité positive et aux campagnes de plaidoyer.
  • Collecte communautaire : structurer des mécanismes de financement au niveau local via les collectivités territoriales, garantissant transparence et durabilité.

« Les grossesses précoces, les mariages forcés et les décès maternels ne peuvent plus être des fatalités », déclare-t-il. « La réponse doit venir de nos propres initiatives, sans attendre un hypothétique retour des bailleurs. »

L’engagement de l’État burkinabè

Malgré le désengagement partiel des partenaires internationaux, les autorités nationales maintiennent leurs efforts. Entre 2020 et 2025, près de 4 milliards de francs CFA ont été investis dans l’achat de produits contraceptifs, selon les chiffres officiels. Ces investissements visent notamment à renforcer l’accès aux soins dans les zones reculées, où les besoins sont les plus criants.

Dr Clarisse Bougma, représentante de la direction de la santé de la famille, souligne l’urgence de la situation :

« La mobilisation des ressources locales n’est pas une option, mais une nécessité stratégique. Elle conditionne la pérennité de nos actions et notre capacité à atteindre les objectifs sanitaires fixés au niveau international. »

Un plaidoyer médiatique renforcé

Boureima Sanga, coordinateur du REMAPSEN Burkina Faso, met en lumière le rôle clé des médias dans cette transition. La rencontre organisée par le réseau s’inscrit dans une démarche de renforcement des capacités des journalistes pour mieux informer sur les enjeux du financement endogène.

Boureima Sanga, coordinateur du REMAPSEN Burkina Faso

« Dans un contexte de crises multiples, les médias doivent s’approprier les mécanismes de financement local », explique-t-il. « C’est en informant et en sensibilisant les citoyens que nous construirons une souveraineté sanitaire durable. »

Le REMAPSEN, créé en 2020, organise régulièrement des rencontres de ce type au Burkina Faso, en collaboration avec le Partenariat de Ouagadougou. Ces initiatives visent à promouvoir des solutions africaines, adaptées aux réalités locales et à garantir l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive.