28 avril 2026

Force unifiée de l’AES : défis et perspectives pour une sécurité régionale efficace

Comment la Force unifiée de l’AES peut-elle concrétiser ses ambitions sécuritaires ?

Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, passe en revue les troupes en tenue militaire avec béret vert et cache-nez

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour deux jours afin d’évaluer les progrès de la Force unifiée de l’AES (FU-AES), lancée officiellement le 20 décembre 2025. Ce sommet marque une étape cruciale pour cette alliance née en 2023, qui vise à renforcer la sécurité régionale face à la menace djihadiste persistante.

Selon le gouvernement malien, cette rencontre permettra de dresser un bilan de la feuille de route adoptée il y a un an, tout en approfondissant la coordination entre les trois États membres. Les enjeux sécuritaires, diplomatiques et de développement seront au cœur des discussions lors de ces journées décisives.

Parmi les avancées notables depuis la création de l’AES, on note une meilleure synchronisation des opérations militaires et le renforcement de la mutualisation des moyens. Cependant, des défis majeurs subsistent, notamment la persistance des groupes armés aux frontières et leurs actions déstabilisatrices.

Qu’est-ce que la Force unifiée de l’AES et quels sont ses objectifs ?

Véhicule militaire portant l’inscription 'FU-AES' sur une affiche jaune

Face à l’insécurité croissante dans la région du Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont mis sur pied une force multinationale composée de 5 000 soldats. Cette unité, placée sous le commandement du Général Daouda Traoré (Burkina Faso), a pour mission de lutter contre les groupes armés transfrontaliers.

L’objectif principal de la FU-AES est de renforcer la coordination militaire entre les trois pays, en mutualisant les renseignements et en synchronisant les opérations. Comme l’a souligné le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense : « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas ». Cette force représente ainsi un engagement concret des États membres en faveur de leur stabilité.

Cependant, malgré les avancées, des obstacles persistent. Les groupes djihadistes restent actifs, notamment aux frontières des trois pays, et continuent de perturber la vie des populations. Par exemple, le blocus imposé par le JNIM au Mali pour contrôler l’approvisionnement en carburant illustre l’ampleur des défis à relever.

Comment la Force unifiée peut-elle atteindre ses objectifs ?

Soldats de la Force unifiée de l’AES sur des véhicules militaires

Pour que la FU-AES soit pleinement opérationnelle, plusieurs conditions doivent être réunies. Fiacre Vidjenagninou, chercheur au Behanzin Institute (Cotonou) et à l’Egmont Institute (Bruxelles), souligne que cette force doit dépasser le simple effet d’annonce et prouver son efficacité sur le terrain. Plusieurs leviers sont essentiels :

  • Le commandement unifié : Une coordination claire entre les trois pays pour éviter les incohérences dans les décisions.
  • Le partage des renseignements : Une fusion des informations issues des trois armées pour cibler les groupes armés avec précision.
  • La tenue du terrain : Maintenir une présence militaire après les opérations pour éviter le retour des groupes armés.
  • La protection des civils : Sécuriser les marchés, les axes routiers et les villages pour restaurer la confiance des populations.

Le spécialiste insiste sur la nécessité d’une stratégie globale : « Une force peut gagner la bataille, mais sans une gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation ». Il recommande une approche par étapes, en ciblant d’abord les zones où les groupes armés sont les plus structurés, avant d’élargir le champ d’action.

La Force unifiée de l’AES représente un tournant politique majeur pour le Sahel, mais sa crédibilité dépendra de sa capacité à produire des résultats tangibles. Les opérations conjointes menées jusqu’ici, comme Yéréko I et II, ont permis de neutraliser des chefs djihadistes, mais la menace persiste.

L’ouverture progressive : une stratégie réaliste ?

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors du sommet de la Confédération des États du Sahel (AES) à Niamey en juillet 2024

Fiacre Vidjenagninou met en garde contre une intégration trop rapide avec d’autres pays. Selon lui, une expansion prématurée pourrait nuire à la cohésion de la force, en introduisant des intérêts divergents et des niveaux de méfiance entre les partenaires.

Son approche recommandée est progressive :

  • D’abord, prouver l’efficacité de la force à trois (Mali, Burkina Faso, Niger).
  • Ensuite, collaborer avec les pays voisins de manière opérationnelle, en coordonnant des opérations ciblées.
  • Enfin, envisager une intégration plus large une fois la confiance établie.

Cette stratégie permettrait d’éviter les écueils liés à une expansion mal maîtrisée, tout en renforçant la légitimité de l’alliance.

Les discussions à Bamako devraient également aborder la création d’institutions clés pour l’AES, comme la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large : celle d’une autonomie stratégique face aux organisations régionales traditionnelles, comme la CEDEAO, dont les sanctions ont poussé les trois pays à quitter l’institution en 2024.

La Force unifiée de l’AES incarne ainsi bien plus qu’une alliance militaire : elle symbolise une volonté de souveraineté et de coopération régionale renouvelée, mais son succès dépendra de sa capacité à concilier ambition politique et résultats concrets sur le terrain.