l’escalade de la guerre économique et l’expansion des groupes armés en afrique de l’ouest
Une analyse approfondie des dynamiques de conflit au Sahel et en Afrique de l’Ouest, révélant comment les groupes jihadistes redéfinissent les frontières de la violence
chiffres clés de la crise en 2025
- plus de 10 000 morts dans les affrontements au Burkina Faso, Mali et Niger entre janvier et novembre 2025
- 30 otages étrangers enlevés au Mali (22) et au Niger (8)
- une hausse alarmiste de 70 % des violences au Bénin comparé à 2024
la guerre économique comme stratégie centrale des groupes jihadistes
En 2025, les groupes jihadistes — notamment Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique Province du Sahel (EIPS) — ont intensifié leurs campagnes au Sahel central, menaçant la stabilité des régimes militaires de la région. Leur expansion vers les zones côtières de l’Afrique de l’Ouest transforme des conflits autrefois distincts en un front unique de violence interconnectée.
stratégies d’asphyxie économique au Mali
Le JNIM a imposé un blocus systématique du carburant et des transports dans les villes de Kayes et Nioro du Sahel, paralysant les routes commerciales entre Bamako et les régions environnantes. Cette tactique a provoqué des pénuries de carburant et une flambée des prix, affaiblissant délibérément l’autorité du gouvernement et sapant la crédibilité du régime militaire. Les violences dans les régions de Kayes, Sikasso et Ségou ont atteint des niveaux records depuis le début des enregistrements en 1997.
le Bénin et le Niger sous pression
Le Bénin a connu une année la plus meurtrière de son histoire lorsque le JNIM a étendu ses opérations depuis le Burkina Faso oriental vers le parc national de la Pendjari en avril. L’organisation a ensuite progressé vers le sud, atteignant le département du Borgou, à la frontière avec le Nigeria. Au Niger, l’EIPS a ciblé l’oléoduc Bénin-Niger dans les régions de Dosso et Tahoua, tandis que des enlèvements de ressortissants étrangers — dont un citoyen américain à Niamey — illustrent l’extension de la menace aux centres urbains.
une expansion coordonnée des groupes armés
JNIM et EIPS ont non seulement consolidé leur emprise sur le Sahel central, mais ont également infiltré les zones frontalières du Bénin, du Niger et du Nigeria. Cette convergence crée un nouveau théâtre de conflit s’étendant de Bamako à Lagos, où les groupes rivaux — dont Ansaru et des factions de l’État islamique en Afrique de l’Ouest — se disputent désormais des zones d’influence communes.
conséquences régionales : effritement des États et montée des risques politiques
Les régimes militaires du Sahel central — Mali et Burkina Faso — subissent une pression croissante :
- affaiblissement des forces de sécurité : le Burkina Faso a perdu temporairement le contrôle de Djibo et Diapaga, tandis qu’un assaut meurtrier contre une colonne militaire près de Koutiala a coûté la vie à près de 90 soldats.
- perte de contrôle territorial : les groupes armés imposent désormais leur autorité sociale dans des zones rurales vastes, taxant les populations et limitant l’accès aux moyens de subsistance.
- déstabilisation interne : les pertes militaires et l’incapacité à sécuriser les centres régionaux pourraient déclencher des crises politiques, comme cela s’est produit lors des précédents coups d’État.
le rôle ambigu de la Russie
Bien que le partenariat militaire avec les juntes du Sahel ait apporté un soutien logistique limité, le remplacement du groupe Wagner par l’Africa Corps n’a pas suffi à inverser la tendance. Leur intervention s’est concentrée sur la sécurisation des convois de carburant au Mali, mais les groupes jihadistes maintiennent une pression constante sur les axes stratégiques.
vers une fragmentation accrue en 2026 ?
Les dynamiques actuelles laissent présager une année 2026 marquée par :
- une escalade des violences dans les zones frontalières du Bénin, du Niger et du Nigeria, où les groupes armés se disputent les ressources;
- un risque accru d’instabilité politique si les régimes militaires de Bamako ou Ouagadougou faiblissent face aux pressions internes;
- une fragmentation territoriale dans le Sahel central, où l’autorité de l’État s’effrite au profit des groupes armés.
La combinaison d’une pression militaire soutenue, d’une légitimité gouvernementale déclinante et d’une capacité réduite des milices locales crée un terreau fertile pour une crise régionale plus large. Si les tendances actuelles persistent, 2026 pourrait marquer un tournant vers une instabilité durable et des recompositions territoriales majeures.

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