21 juillet 2026

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Gabon : vers un nouveau partenariat avec la France sans renoncer à la souveraineté

Gabon : vers un nouveau partenariat avec la France sans renoncer à la souveraineté

Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a marqué son passage à Paris par des échanges intenses avec Emmanuel Macron. Au menu des discussions : la réinvention de l’alliance franco-gabonaise, entre redéfinition des accords militaires et révolution industrielle. Une stratégie ambitieuse qui mise sur la souveraineté sans rupture brutale, à l’opposé des postures radicales observées ailleurs en Afrique.

Le Camp de Gaulle sous le feu des négociations : souveraineté militaire et coopération adaptée

La refonte du partenariat sécuritaire entre Libreville et Paris a concentré une grande partie des débats. Le Camp de Gaulle, symbole de la présence militaire française au Gabon, fait face à une transformation en profondeur. Les effectifs français ont déjà été réduits dans le cadre du désengagement progressif de l’Afrique, mais le Gabon ne souhaite pas une expulsion totale.

L’approche gabonaise privilégie une coopération réinventée. L’État gabonais propose de reconvertir le site en un centre de formation sous gestion conjointe, ou à défaut, de limiter la présence française à une mission technique ciblée, notamment dans la lutte contre la piraterie en golfe de Guinée. Cette stratégie vise à affirmer la souveraineté nationale tout en maintenant des garanties de sécurité essentielles.

Du côté français, l’objectif est de préserver une influence stratégique sans reproduire les erreurs commises dans d’autres pays africains, où les ruptures brutales ont souvent conduit à des impasses.

Manganèse : le Gabon veut passer de l’extraction à la transformation locale

Le volet économique des discussions a été tout aussi déterminant. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon entend tourner définitivement la page du modèle colonial. Jusqu’à présent, le minerai était majoritairement exporté à l’état brut, privant le pays d’une partie de la valeur ajoutée.

Face aux représentants du groupe français Eramet, dont la filiale Comilog exploite les mines gabonaises, Brice Clotaire Oligui Nguema a imposé un ultimatum clair : l’industrialisation sur place. Le Gabon exige désormais un partage équitable des bénéfices, la création d’emplois qualifiés pour sa jeunesse et un soutien technologique pour développer des usines de transformation. Une stratégie alignée sur les enjeux de la transition énergétique, le manganèse étant un composant clé des batteries électriques.

Une diplomatie gabonaise à contre-courant des ruptures africaines

Cette visite d’État révèle une approche diplomatique distincte de celle adoptée par les juntes du Sahel, regroupées au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Là où Bamako, Niamey et Ouagadougou ont choisi la rupture et l’isolement, Libreville opte pour une Realpolitik pragmatique.

Le Gabon ne rejette pas l’Occident. Au contraire, il diversifie ses alliances avec des partenaires comme la Chine, la Turquie ou l’Inde, tout en maintenant un dialogue exigeant avec la France. Une méthode qui prouve qu’il est possible de renégocier les partenariats sans tomber dans le piège de l’anti-occidentalisme radical. Une preuve que l’affirmation de soi ne rime pas nécessairement avec l’effondrement économique ou diplomatique.

Libertés numériques : un point noir dans le bilan gabonais

Malgré les avancées sur la scène internationale, des ombres persistent sur le plan intérieur. Le Gabon a récemment multiplié les restrictions d’accès aux réseaux sociaux, officiellement pour « protéger l’ordre public » et lutter contre la désinformation. Une mesure qui inquiète la société civile et l’opposition, pour qui ces blocages menacent les libertés fondamentales.

Les discussions en marge du sommet ont rappelé à Libreville l’importance de respecter les principes démocratiques. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’équation est complexe : stabiliser le pays tout en consolidant une image internationale d’ouverture. Un défi de taille pour un régime qui mise sur la crédibilité extérieure pour attirer investissements et partenariats.

Le Gabon entre ambition diplomatique et défis internes

À l’issue de ces trois jours de visite, le Gabon se positionne comme un acteur clé en Afrique centrale. En repositionnant la présence militaire française et en exigeant la transformation locale de ses ressources, Brice Clotaire Oligui Nguema trace une voie médiane : souveraine, ambitieuse et résolument tournée vers l’avenir.

Reste à concrétiser ces promesses. La réussite de cette stratégie dépendra autant de la capacité à négocier à l’international que de la volonté de garantir un espace démocratique apaisé à Libreville. Le Gabon a choisi une voie exigeante, entre affirmation de soi et pragmatisme. À lui désormais de la faire aboutir.