30 juin 2026

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Georges Dougueli répond vertement à Owona Nguini au sujet de Paul Biya

Dans une tribune publiée ce week-end, le journaliste Georges Dougueli réplique aux propos du vice-recteur de l’université de Yaoundé II, qui l’accusait de spéculer sur la santé du chef de l’État camerounais.

« Dougueli spécule sur la mort du président Biya ». Parmi les nombreuses déclarations faites le 26 juin dernier par Owona Nguini sur une chaîne de télévision, cette phrase a provoqué une vive réaction. Le journaliste explique que spéculer sur la disparition des chefs d’État fait partie intégrante de son métier. Pour les journalistes dignes de ce nom, rien n’est sacré. Il arrive même que des rédactions rédigent des nécrologies de personnalités avant leur décès.

À propos de François Mitterrand, qui ne portait pas les journalistes dans son cœur, ceux-ci étaient qualifiés de « chiens ». Tout homme politique avisé sait ce que signifie cette « meute ». Le président Paul Biya n’a pas besoin qu’on le lui rappelle, contrairement aux zélotes de la sphère sécuritaire à qui l’orateur envisage de livrer Dougueli. Ce dernier estime qu’on ne peut chroniquer la vie de l’État sans interroger l’état de santé de ceux qui l’incarnent. Il se demande donc à qui s’adresse cette diatribe.

1. S’ADRESSE-T-IL AUX SUPREMACISTES « EKANGS » ?

Owona Nguini évolue dans un champ politique où il manipule des concepts hasardeux et inflammables. En répétant « Je suis un seigneur », il exprime une mégalomanie infantile, influencée par les travaux de l’anthropologue Laburthe Tolra. C’est Owona Nguini qui a détourné et vulgarisé le concept « Ekang », issu de la mythologie du Mvett. Selon Laburthe Tolra, les Ekangs, ces « Seigneurs de la forêt », seraient descendus des berges du Nil pour coloniser la forêt équatoriale.

Owona Nguini, prenant ces thèses au premier degré, est convaincu que cette population, qui a migré au Gabon, en Guinée équatoriale et au Congo, a vocation à gouverner ces territoires. Au Gabon, où les Fangs (40 % de la population) sont fortement imprégnés de cette culture Mvett, le danger du suprématisme « Ekang » a été compris. Lors de l’élection présidentielle de 2009, cela s’est traduit par le rejet « TSF » (Tout sauf les Fangs). Le concept n’a pas traversé la frontière sud du Cameroun.

Quel rapport avec la Fecafoot ? Chez Owona Nguini comme chez Carl Schmitt, faire de la politique signifie désigner l’ennemi. Hier, c’étaient les « Ntaalibams » de « Tonton Maurika ». Aujourd’hui, l’ennemi désigné est la « réserve » que constitueraient les « Églisiens », ces fanatiques qui « vont créer des problèmes ». Dougueli estime que ce professionnel de l’agitation intello-universitaire finira par provoquer de vrais problèmes.

2. IL S’ADRESSE À LA CASTE GOUVERNANTE CONTRE LA RACAILLE

Qui peut croire que les soutiens de Samuel Eto’o, eu égard au harcèlement qu’il subit depuis 2021, sont tous des « écervelés » ou des nervis rémunérés ? En sonnant la charge contre « l’illettré » de la Fecafoot, ses « ouailles », ses « fanatiques incultes », sa « meute cybernétique », l’agitateur tente de mobiliser les clercs contre la menace des gens d’en bas.

Il construit la fable des « cerveaux » contre les « mollets ». Owona Nguini et le clan qu’il promeut tentent d’ériger Eto’o en « cancer ». Il faut l’insulter, l’avilir jusqu’à ce que « mort » s’ensuive. Par ce « meurtre » symbolique, ils espèrent réhabiliter un clan dont l’image est écornée par la mauvaise gouvernance, la corruption endémique, les crimes politiques et les mœurs babyloniennes.

Il s’agit de remettre le peuple des « illettrés » à sa place, quitte à le dépouiller de sa souveraineté face à la volonté du monarque, par l’usage abusif des « hautes instructions ». Dougueli laisse le soin à d’autres, notamment constitutionnalistes, politologues, psychosociologues ou psychanalystes, d’analyser les propos de Owona Nguini.