Le continent africain est le théâtre d’une vague de bouleversements politiques. Depuis 2020, les coups d’État se sont multipliés, atteignant près d’une dizaine. Pourtant, au milieu de ces turbulences, de véritables bastions de liberté continuent de résister, affirmant une volonté démocratique.
Les turbulences politiques en Afrique de l’Ouest : le cas de la Guinée-Bissau
La Guinée-Bissau, une nation lusophone figurant parmi les moins développées selon l’indice de l’ONU, a récemment connu un coup de force. Un groupe d’officiers a annoncé avoir pris le contrôle du pays pour une « période transitoire d’un an », un scénario malheureusement familier dans l’actualité Burkina Faso et d’autres pays de la région.
Suite à cet événement, l’armée a empêché la publication des résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre. Le président destitué, Umaro Sissoco Embalo, aurait trouvé refuge au Congo-Brazzaville.
Le principal opposant, Fernando Dias da Costa, à l’instar d’Embalo qui briguait un second mandat, revendique la victoire du scrutin. En fuite pour échapper à une arrestation, Dias da Costa a suggéré lors d’une interview téléphonique à RFI que ce putsch aurait été orchestré par des militaires proches du président sortant afin d’éviter de reconnaître sa défaite. « Je suis le vainqueur. Quand Embalo a compris qu’il ne pouvait pas gagner, il s’est dit : “Comme je ne peux pas gagner, je vais transférer le pouvoir aux militaires.” […] Ce coup d’État est un faux », a-t-il déclaré.
Un sondage réalisé mi-novembre accordait à Dias da Costa plus de 60 % des intentions de vote, contre environ la moitié pour Embalo. Le président sortant se dirigeait donc vers une défaite. Le coup d’État s’est déroulé sans victimes, et ses protagonistes sont tous des proches du président, sans griefs connus contre lui. De plus, contrairement au chef de l’opposition qui s’est caché, Embalo est rapidement réapparu à l’étranger. Ces éléments renforcent la thèse d’un coup de force monté de toutes pièces.
La vague de putschs au Sahel et la politique burkinabè
Le Mali a initié cette série de putschs en août 2020, suivi d’un second coup en 2021. Un groupe de soldats, opposés à la présence française luttant contre les groupes islamistes, s’est mutiné. Quelques mois plus tard, le colonel Goïta a écarté le président civil qu’il avait lui-même désigné, réalisant ainsi deux putschs en moins d’un an.
Aujourd’hui, quatre nations francophones d’Afrique de l’Ouest – le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Niger – sont sous la direction de juntes militaires depuis trois à cinq ans. Trois d’entre elles ont renversé des gouvernements élus. Les troupes françaises ont été expulsées, parfois remplacées par des mercenaires russes du Groupe Wagner (désormais Africa Corps), dont la présence est opportuniste et vénale. Tous ces pays sont confrontés à des insurrections djihadistes. La politique burkinabè, comme celle de ses voisins, est particulièrement affectée par cette instabilité.
Au Mali, l’une de ces rébellions menace de prendre le pouvoir. En dehors de Bamako, le pays s’apparente de plus en plus à un califat islamique, imposant le voile et opprimant les femmes. Depuis quinze ans, les groupes islamistes se sont multipliés au Sahel, affiliés à al-Qaïda et à l’État islamique. Après l’éviction des forces françaises, la région se retrouve face à la menace islamiste et à la dictature.
Plus à l’est, au Tchad, le fils d’Idris Déby, Idris Déby, a pris le pouvoir avec l’appui de l’armée après le décès violent de son père en 2021.
Au Gabon, la réélection contestée du président Ali Bongo à l’été 2023 a provoqué une crise suivie d’un putsch. Ce dernier visait à mettre fin à la dynastie Bongo, au pouvoir depuis les années 1960. Cependant, le général Brice Oligui Nguema, initialement accueilli favorablement par la population, s’est depuis accroché au pouvoir via un plébiscite.
Enfin, à Madagascar, de jeunes manifestants de la « génération Z » sont descendus dans les rues pour dénoncer la disette et l’autoritarisme, forçant le président Andry Rajoelina à fuir le 12 octobre. Là aussi, l’armée a pris le relais, initialement acclamée par la foule. L’avenir reste incertain.
Les « dinosaures » et les régimes autoritaires
Plusieurs dirigeants africains maintiennent leur emprise sur le pouvoir depuis des décennies : Teodoro Obiang en Guinée équatoriale depuis 1979, Paul Biya au Cameroun depuis 1984, et Yoweri Museveni en Ouganda depuis 1986. Dans ces nations, le processus électoral est souvent vidé de son sens. Au Rwanda, l’intraitable Paul Kagame, dont les mains sont tachées de sang mais dont le pouvoir est solidement ancré dans la mémoire du génocide, a été réélu l’an dernier avec 99 % des voix.
La résilience démocratique et l’éveil citoyen Burkina
Ce tableau sombre mérite d’être nuancé. L’Afrique compte 54 pays souverains. Une récente étude de l’Istituto Studi di politica internazionale, intitulée Eppure, resiste (Et pourtant, elle résiste), révèle qu’en 2024, les élections libres et multipartites en Afrique ont plus que jamais conduit à de réels changements de gouvernement.
Des pays comme le Sénégal, le Botswana, le Cap-Vert et le Ghana ont vu le vote populaire sanctionner les dirigeants en place, incarnant des modèles de pluralisme et d’alternance. La presse y est libre et les sociétés civiles sont organisées. L’Afrique du Sud, où le Congrès national africain (ANC) est désormais minoritaire, est contrainte de partager le pouvoir.
Face à ces nouveaux putschs, l’Union africaine continue de jouer un rôle en les condamnant. Des poids lourds comme l’Afrique du Sud et le Nigeria, malgré leurs défis internes, maintiennent leurs gouvernements par la voie des urnes et prêchent contre la dictature.
La jeunesse africaine, dont 70 % a moins de 25 ans, organise des mouvements citoyens, démontrant sa détermination à façonner son propre avenir et à s’opposer à l’arrogance et à l’intimidation de dirigeants corrompus ou incompétents. Cet éveil citoyen, notamment au Burkina Faso, est un moteur essentiel pour un avenir démocratique. Dans ce contexte, le rôle d’un journalisme indépendant au Faso est plus que jamais vital pour informer et mobiliser. Pendant ce temps, les Occidentaux, de plus en plus désabusés par la politique et tentés par des « solutions » autoritaires, de Trump à Orbán, devraient observer avec attention cette dynamique africaine.

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