Le marché de gaz domestique au Cameroun franchit une nouvelle étape avec la mise en concurrence, le 1er septembre 2026, d’un appel d’offres portant sur 60 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Signé par Okie Johnson Ndoh, président de la Commission ad hoc chargée des importations des produits pétroliers (CIPP), l’avis répartit le volume en deux lots distincts de 35 000 et 25 000 tonnes. L’opération vise, selon les termes officiels, à couvrir les besoins de consommation de l’exercice 2026.
Les dossiers de candidature sont retirables au siège de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), située au carrefour Warda à Yaoundé. Le dépouillement et l’adjudication des offres se tiendront le 8 septembre à midi, dans les mêmes locaux. À ce stade, ni la valeur prévisionnelle du marché, ni l’origine des produits, ni les modalités de transport ne sont documentées. Ces paramètres émergeront de l’examen technique des propositions.
Un volume qui pèse près de cinq mois d’achats extérieurs
Rapportée aux flux commerciaux récents, l’ampleur de l’opération apparaît considérable. Le Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT), qui s’appuie sur les statistiques de la Direction générale des douanes, indique que le pays a importé 150 420 tonnes de butanes liquéfiés l’an dernier, contre 145 163 tonnes en 2024. La progression atteint 3,6 % sur un an, signe d’une demande qui continue de croître au rythme de l’urbanisation et de la substitution au bois-énergie.
La facture douanière a néanmoins reculé, passant de 59,38 milliards à 56,159 milliards de FCFA, soit un repli de 5,4 % attribuable à la détente des cours moyens à l’importation. Dans ce référentiel, les 60 000 tonnes recherchées représentent 39,9 % du volume acquis en 2025, soit près de cinq mois de consommation au rythme mensuel moyen. Traduit en unités commerciales, ce tonnage équivaut à 4,8 millions de bouteilles de 12,5 kg. Sur la base d’une valeur douanière moyenne d’environ 373 348 FCFA la tonne l’an dernier, l’enveloppe théorique du marché avoisinerait 22,4 milliards de FCFA, sans préjuger du prix final qui dépendra des spécifications retenues et des conditions de livraison négociées.
Bipaga, un amortisseur local aux capacités limitées
Le pays dispose pourtant d’une production nationale via le centre de traitement de gaz de Bipaga, implanté dans la région du Sud et mis en service en 2018. Le rapport annuel 2023 de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) fait état de 34 699 tonnes livrées cette année-là, contre 28 677 tonnes en 2022. La progression de 21 % constituait alors la deuxième meilleure performance de l’installation depuis son démarrage. Reste que ces volumes demeurent structurellement insuffisants pour absorber la demande intérieure.
En juillet 2026, la SNH a confirmé que Bipaga devait maintenir une production annuelle d’environ 30 000 tonnes de GPL, malgré l’arrêt de l’exploitation de l’unité flottante Hilli Episeyo. Ce plancher reste très en deçà des 150 420 tonnes importées en 2025. L’écart illustre la vulnérabilité du marché camerounais aux chocs extérieurs, qu’ils soient logistiques ou tarifaires, et justifie la fréquence des consultations lancées par la CSPH pour sécuriser les approvisionnements.
Un enjeu de sécurité énergétique et de stabilité des prix
L’appel d’offres du 1er septembre poursuit ainsi deux objectifs indissociables. D’un côté, il s’agit d’écarter tout risque de rupture d’approvisionnement au cours du dernier trimestre 2026, dans un pays où le gaz butane constitue le principal combustible domestique urbain. De l’autre, les autorités cherchent à contenir l’exposition budgétaire liée à la subvention implicite du prix à la bouteille, qui pèse de longue date sur les comptes publics via le mécanisme de stabilisation géré par la CSPH.
Concrètement, la portée réelle du marché — coût final, calendrier de livraison, effet sur les stocks stratégiques — ne pourra être appréciée qu’au terme de l’adjudication programmée le 8 septembre. La composition des offres retenues indiquera également si l’exécutif privilégie les opérateurs déjà présents sur la place camerounaise ou s’il ouvre le jeu à de nouveaux traders internationaux. Selon Investir au Cameroun.
Pour aller plus loin
TotalEnergies EP Gabon voit son bénéfice chuter de 87% au T2 2026 · Nigeria : 20,5 milliards USD manquants pour financer l’électricité · La Tanzanie inaugure le barrage Julius Nyerere de 2 115 MW

Plus d'histoires
Cameroun : dynamiser l’inscription sur les listes électorales par des incitations ciblées
Côte d’Ivoire : la filière café-cacao fixe ses prix bord champ pour la campagne 2026-2027
RDC: le nouveau dialogue national inclusif, espoir ou répétition des échecs passés ?