le capitaine Traoré remet en cause la démocratie au Burkina Faso

Lors d’une interview diffusée par la télévision nationale, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabè, a tenu des propos choc : « Les citoyens doivent oublier la démocratie. Ce système n’est pas fait pour nous. » Ces déclarations, prononcées lors d’un entretien télévisé en soirée, marquent un tournant dans la rhétorique politique du pays.
L’homme fort du Burkina Faso, au pouvoir depuis trois ans après un coup d’État, affirme que la majorité des Africains ne souhaitent pas le modèle démocratique. Il évoque une « approche alternative propre » au pays, sans préciser sa nature. Cette sortie intervient deux mois seulement avant l’échéance initialement fixée pour un retour à l’ordre constitutionnel, initialement prévu pour juillet 2024.
En janvier dernier, les autorités ont franchi une étape supplémentaire en interdisant tous les partis politiques. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de « refondation de l’État », selon les termes officiels. Le capitaine Traoré justifie cette décision en qualifiant les formations politiques de « sources de division » et de danger pour la stabilité nationale.
une vision radicale opposée au modèle occidental
Le dirigeant militaire, âgé de 38 ans, se présente comme un révolutionnaire luttant contre l’impérialisme occidental. « Partout où ces puissances tentent d’imposer la démocratie, cela se solde par des carnages », a-t-il déclaré, citant notamment la Libye comme exemple proche. Ce pays, dirigé pendant quatre décennies par le colonel Kadhafi, avait mis en place un système autoritaire mais offrait des services sociaux de base avant de sombrer dans le chaos après son renversement.
Depuis la chute de Kadhafi, la Libye reste plongée dans une instabilité chronique, sans élections organisées et déchirée entre factions rivales. Traoré suggère que son projet pourrait éviter ce scénario, bien qu’il n’ait pas détaillé les contours de ce modèle « burkinabè ».
la souveraineté comme pilier d’un nouveau système
Le capitaine Traoré défend une vision fondée sur trois piliers : la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation citoyenne. Dans cette optique, il compte s’appuyer sur les chefs traditionnels et les structures locales pour bâtir un nouveau système politique. « Nous ne copions personne. Nous voulons tout révolutionner », a-t-il affirmé.
Parmi les priorités annoncées figurent l’autonomie économique et militaire, ainsi qu’un engagement accru de la population. Traoré critique ouvertement les horaires de travail réduits, estimant que des journées de six à huit heures ne permettront pas au Burkina Faso de combler son retard face aux nations prospères.
une répression croissante de l’opposition
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime a muselé les voix dissidentes. L’opposition, les médias indépendants et la société civile sont systématiquement ciblés. Des cas de détracteurs envoyés en première ligne face aux groupes jihadistes ont été rapportés. Malgré ces mesures controversées, Traoré bénéficie d’un soutien populaire grandissant sur le continent, notamment pour son discours anti-occidental et panafricaniste.
Le Burkina Faso, comme ses voisins Mali et Niger, a rompu avec l’Occident dans la lutte contre l’insurrection jihadiste qui ravage la région depuis plus d’une décennie. Ces trois pays se sont tournés vers la Russie pour sécuriser leur défense, mais les violences persistent sans relâche.
Jeudi, un bilan accablant a été dressé : plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis le putsch de 2023, selon les chiffres de Human Rights Watch. L’organisation attribue les deux tiers de ces décès aux forces armées et aux milices alliées, le reste étant le fait des groupes armés.

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