4 août 2026

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Le Gabon face aux défis d’exécution des projets de la BAD

Le portefeuille de la Banque africaine de développement (BAD) au Gabon, représentant une valeur de 658,6 millions de dollars, se trouve confronté à des retards d’exécution persistants. Ni les autorités de Libreville ni l’institution financière panafricaine n’ont réussi à résoudre durablement ces blocages. Bien que certains indicateurs de performance aient récemment montré une légère amélioration, un décalage significatif demeure entre les engagements financiers pris et la concrétisation des décaissements sur le terrain. Cette situation, particulièrement prononcée au Gabon, incite la BAD à revoir fondamentalement ses stratégies d’accompagnement.

Un portefeuille conséquent, une mise en œuvre laborieuse

Le volume des fonds alloués par la BAD au Gabon positionne le pays comme un partenaire essentiel de l’institution en Afrique centrale. Les opérations financées ciblent des secteurs jugés vitaux pour la diversification de l’économie gabonaise, historiquement très dépendante des revenus pétroliers. Cependant, la lenteur de l’entrée en vigueur des accords de prêt, la complexité des procédures de passation des marchés publics et les difficultés de coordination entre les différents ministères continuent de freiner la cadence d’exécution des projets.

Ces lourdeurs administratives ne sont pas nouvelles. Elles sont régulièrement mises en évidence lors des évaluations de performance conjointes menées par la BAD et le gouvernement gabonais depuis plusieurs années. Leur persistance soulève des questions quant à la capacité d’absorption de l’aide au développement dans un pays qui, sous la direction du président Brice Clotaire Oligui Nguema et sa transition, aspire à moderniser ses infrastructures et à stimuler l’investissement public.

La riposte méthodologique de la Banque africaine de développement

Afin de reprendre le contrôle de la situation, la BAD a organisé une série de rencontres à Libreville, spécifiquement dédiées à l’optimisation de la mise en œuvre des projets qu’elle finance au Gabon. L’objectif de cette initiative est d’identifier, pour chaque projet, les obstacles majeurs qui retardent les décaissements et de formuler des solutions concrètes. Cette approche collaborative implique les cellules d’exécution nationales, les ministères sectoriels concernés et les équipes de la Banque. Elle s’inscrit dans une tendance adoptée par la plupart des grands bailleurs de fonds : passer d’une simple supervision fiduciaire à un accompagnement plus étroit des maîtres d’ouvrage.

Concrètement, l’institution s’attache à renforcer les compétences des équipes gabonaises dans des domaines clés tels que la passation de marchés, la gestion financière et le suivi-évaluation des projets. Les diagnostics fréquents révèlent un manque d’expertise locale et un roulement trop rapide des cadres techniques au sein de l’administration, des facteurs qui allongent considérablement les délais entre la signature d’un accord et le démarrage effectif des travaux sur le terrain.

Un enjeu de crédibilité pour la transition gabonaise

Au-delà des considérations techniques, l’accélération de l’exécution du portefeuille de la BAD revêt une importance politique majeure. Les autorités de la transition ont fait de la relance des grands chantiers d’infrastructures un pilier de leur programme. Une exécution lente des projets cofinancés par les partenaires multilatéraux risque de fragiliser ce discours, d’autant plus que Libreville sollicite activement d’autres bailleurs pour diversifier ses sources de financement concessionnel.

Pour la BAD, l’enjeu concerne également la performance globale de son portefeuille régional. En Afrique centrale, l’institution est souvent confrontée à des taux de décaissement inférieurs à sa moyenne continentale. Le Gabon, en tant qu’économie à revenu intermédiaire et doté de capacités administratives potentiellement supérieures à celles de certains de ses voisins, représente un véritable test de crédibilité. Une amélioration rapide des indicateurs d’exécution dans le pays enverrait un signal positif aux investisseurs privés qui suivent attentivement l’évolution de la transition.

Les prochains mois seront déterminants. La feuille de route élaborée à l’issue des échanges à Libreville doit se traduire par des avancées concrètes et mesurables : une accélération de la satisfaction des conditions préalables aux décaissements, une réduction des délais de passation de marchés et une augmentation des taux d’exécution physique sur les projets phares. Sans ces progrès, le portefeuille de 658,6 millions de dollars risquerait de demeurer un potentiel inexploité plutôt qu’un véritable moteur de transformation économique.