25 mai 2026

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Le Mali accuse officiellement la France de soutenir la rébellion de l’Azawad

Le Mali s’enfonce dans une crise diplomatique profonde avec la France. Les autorités de Bamako affirment désormais ouvertement que Paris apporte une assistance aux insurgés indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ce mouvement touareg a déclenché, à la fin du mois d’avril, une vaste opération militaire dans le nord du pays. Pour le gouvernement de transition, dirigé par le général Assimi Goïta, ces allégations permettent de cimenter un discours souverainiste et de justifier le durcissement politique observé depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Cette escalade verbale survient alors que les ponts sont coupés entre les deux nations, suite au retrait définitif des troupes de l’opération Barkhane en 2022 et de la mission onusienne MINUSMA fin 2023.

Le FLA : un nouvel acteur pour une vieille lutte territoriale

Le Front de libération de l’Azawad est né des cendres de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), une alliance qui s’est effondrée après les revers militaires subis en 2023 face aux Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par les instructeurs russes d’Africa Corps. Cette nouvelle entité formalise la reprise des hostilités pour l’autodétermination des régions de Kidal, Gao et Tombouctou. Ce combat pour l’indépendance de l’Azawad n’est pas un phénomène récent ; il s’inscrit dans la lignée des insurrections de 1963, 1990, 2006 et 2012.

L’offensive actuelle témoigne d’une réorganisation stratégique des rebelles. Les combattants du FLA doivent désormais composer avec la présence massive des paramilitaires russes aux côtés des soldats maliens. Un tournant majeur a été observé lors de la bataille de Tinzaouatène, durant l’été 2024. Lors de cet affrontement, une unité russo-malienne a subi des pertes significatives face aux forces rebelles et à des groupes affiliés au JNIM, redonnant ainsi un élan tactique aux indépendantistes.

Une coopération historique devenue source de suspicion

Si les contacts entre la France et les communautés touarègues datent de l’époque coloniale, c’est l’intervention Serval en 2013 qui a cristallisé les tensions actuelles. À l’époque, pour déloger les groupes terroristes du septentrion, l’armée française s’était appuyée sur le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Cette alliance de circonstance, justifiée par la connaissance du terrain des combattants locaux, a laissé des traces indélébiles à Bamako. Les autorités maliennes y ont toujours vu une forme de complicité, notamment concernant le statut particulier de la ville de Kidal, longtemps restée hors de contrôle de l’État central.

Cependant, ce lien s’est érodé avec le temps. L’enlisement de Barkhane et la volonté de Paris de diversifier ses partenaires ont réduit les échanges avec les mouvements du Nord. Depuis l’expulsion des forces françaises en 2022, le dialogue est totalement rompu. Désormais isolés diplomatiquement sur la scène occidentale, les rebelles cherchent de nouveaux appuis auprès de voisins comme l’Algérie ou la Mauritanie, bien qu’aucun soutien étatique officiel ne soit revendiqué.

Le narratif anti-français au cœur de la stratégie de Bamako

Les récentes accusations portées par le Mali s’insèrent dans une stratégie de communication bien rodée. Depuis trois ans, la dénonciation d’un complot extérieur sert de levier pour unifier la population derrière les autorités de transition et légitimer l’alliance stratégique avec Moscou. Ce sentiment anime également l’Alliance des États du Sahel (AES), formée avec le Burkina Faso et le Niger, qui s’est muée en confédération au début de l’année 2024.

De son côté, Paris dément vigoureusement toute implication dans le conflit actuel. Les responsables français soulignent qu’il n’existe plus aucune présence militaire ou diplomatique française sur le sol malien. Néanmoins, le passé récent et les zones d’ombre de l’intervention Serval offrent un terreau fertile à la rhétorique de la junte. Pour le FLA, cette situation est ambiguë : si elle renforce leur poids politique, elle ne leur apporte aucune aide matérielle concrète sur le champ de bataille.

L’avenir du mouvement rebelle dépendra de sa résistance face au duo FAMa-Africa Corps et de sa capacité à maintenir des soutiens régionaux, particulièrement avec l’Algérie, qui demeure un médiateur incontournable dans la zone sahélienne.