Le 29 août 2026, le général Abdourahamane Tiani a frôlé la chute. Une tentative de coup d’État a secoué Niamey, révélant une faille mortelle dans l’édifice qu’il avait bâti depuis trois ans. Trois ans après avoir renversé Mohamed Bazoum pour s’emparer du pouvoir, c’est désormais son propre régime qui vacille sous les coups d’une mutinerie interne. Et comme souvent dans ces moments de crise, la réponse du pouvoir a été immédiate, radicale, presque désespérée.
Le 29 août 2026 : quand le scénario se retourne contre Tiani
L’attaque du palais présidentiel, de la base aérienne 101 et de la télévision nationale n’a pas abouti. Mais elle a suffi à ébranler la confiance du général Tiani dans les rouages mêmes de l’État qu’il dirige. Selon les rapports disponibles, des militaires ont hésité avant de prendre parti, tandis que des officiers mutins tentaient de rallier des soutiens dans l’armée. Une réalité brutale s’impose alors : le pouvoir issu d’un coup d’État peut lui-même être victime du même scénario qu’il a imposé à un autre régime.
Pour un homme habitué à imposer sa volonté par la force, l’expérience est traumatisante. Et comme souvent dans ces situations, la réaction ne se fait pas attendre. Dès le lendemain des événements, le pouvoir nigérien adopte une posture défensive, presque agressive. La junte aurait eu recours à des centaines de mercenaires russes de l’Africa Corps pour reprendre le contrôle de la base aérienne 101. Plus de 200 militaires, principalement issus des forces spéciales, seraient désormais sous les verrous.
La purge : une réponse politique déguisée en mesure sécuritaire
Le 11 septembre, un tournant symbolique : le limogeage du général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major des armées. Puis, quelques jours plus tard, quatre ministres sont remplacés. Officiellement, il est question de réorganiser l’appareil militaire, de corriger des dysfonctionnements et de sécuriser la chaîne de commandement. Mais dans le contexte nigérien, ces changements prennent une autre signification. Ils reflètent une volonté de renforcer les rangs autour du général Tiani, en s’appuyant sur des fidèles reconnaissables.
Le calendrier est loin d’être anodin. Après avoir échappé à une tentative de renversement, le pouvoir reprend les rênes en s’appuyant sur ceux qu’il juge les plus sûrs. Une logique de cercle restreint, où la loyauté prime sur toute autre considération. Une logique qui, dans un régime militaire, peut rapidement devenir un piège.
Le décret du 17 septembre : l’arme de la nationalité comme outil de contrôle
Le 17 septembre, une nouvelle étape est franchie. Le général Tiani signe un décret privant cinq Nigériens, dont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, de leur nationalité. Les motifs invoqués sont graves : « intelligence avec des puissances étrangères », diffusion de données troublant l’ordre public, participation à la démoralisation de l’armée et de la Nation, et atteinte à la sûreté de l’État.
Ces accusations, non assorties de condamnations judiciaires définitives, prennent une dimension politique immédiate. Ouhoumoudou Mahamadou n’est pas un simple opposant. Il a servi sous Mohamed Bazoum, le président que Tiani a renversé en 2023. Son nom, comme ceux des autres ciblés, symbolise l’héritage d’un ancien régime que le pouvoir actuel cherche à effacer, parfois par la force.
Depuis 2024, 25 personnes ont été provisoirement privées de leur nationalité. Une mesure qui interroge : à quel moment la lutte contre les menaces à la sûreté de l’État bascule-t-elle dans une chasse aux sorcières politique ? La question n’est pas anodine dans un pays où les institutions ont été démantelées et où l’ancien président Bazoum reste une figure malgré son éviction.
L’ombre persistante de Mohamed Bazoum
Trois ans après le coup d’État, l’ombre de l’ancien président plane toujours. Ses anciens collaborateurs sont systématiquement ciblés, que ce soit par des arrestations, des limogeages ou désormais des déchéances de nationalité. Une stratégie qui répond à une logique de contrôle absolu, mais qui risque aussi d’alimenter une fracture durable au sein de la société nigérienne.
Le pouvoir de Tiani se retrouve ainsi face à un paradoxe : comment légitimer un régime fragilisé par une tentative de putsch interne, si ce n’est en multipliant les mesures d’exclusion ? Comment gouverner un pays en s’appuyant sur la peur plutôt que sur la confiance ?
La paranoïa d’État : quand la méfiance devient un système
Depuis le 29 août, le général Tiani doit faire face à une menace inédite : celle qui vient de l’intérieur. Une menace qui ne prend pas seulement la forme de groupes armés ou d’adversaires extérieurs, mais celle de ses propres soldats. Et lorsque la loyauté des militaires devient une question centrale, la tentation est grande de chercher des boucs émissaires, des relais de complots ou des complices.
Les signes sont partout. Un militaire remplacé. Un ministre écarté. Des soldats arrêtés. Des anciens responsables du régime Bazoum ciblés. Et désormais, des citoyens arbitrairement privés de leur nationalité. Chaque mesure possède sa justification officielle. Ensemble, elles dessinent le portrait d’un régime en état de siège permanent, où la moindre dissidence est perçue comme une trahison.
Le pouvoir peut-il survivre à sa propre paranoïa ?
La question est désormais au cœur du débat politique au Niger. Un pouvoir issu d’un coup d’État peut-il survivre à la découverte qu’un autre coup d’État peut lui être infligé ? La tentative du 29 août a révélé une vérité cruelle : le général Tiani sait désormais que sa légitimité ne repose que sur sa capacité à maintenir l’ordre par la force.
Mais à force de chercher des ennemis partout, le régime risque de se couper de toute base politique stable. Les critiques l’accusent déjà de transformer le Niger en un État où seule compte la loyauté envers Tiani. Une logique qui, si elle se poursuit, pourrait bien conduire à une radicalisation encore plus poussée du pouvoir. À moins que les tensions internes ne finissent par fragiliser davantage un régime déjà fragilisé.
Le décret du 17 septembre n’est pas qu’une affaire de nationalité. C’est un nouvel épisode dans une bataille plus large : celle d’un pouvoir qui cherche à éliminer toute zone d’incertitude autour de lui. Et si, en voulant protéger l’État, Tiani finissait par détruire ce qui reste de sa propre légitimité ?
Jusqu’où ira cette spirale de méfiance ?
La réponse à cette question déterminera l’avenir du Niger. Un pays qui, après trois ans de régime militaire, se retrouve aujourd’hui face à un pouvoir qui semble ne plus faire confiance à personne. Pas même à ses propres soldats. Pas même à ses anciens alliés. Pas même à ses citoyens.
Le général Tiani a-t-il dépassé le stade de la protection de l’État pour basculer dans la paranoïa politique ? La frontière entre les deux devient de plus en plus floue. Et dans un régime où la seule constante est la peur du prochain complot, une question s’impose : qu’adviendra-t-il lorsque même les plus fidèles commenceront à douter ?
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