Depuis le gel de ses accès aux eurobonds, le Sénégal a fait du marché des titres publics de l’UEMOA son principal levier de financement. Entre janvier et avril 2025, le Trésor public a levé 1 311,3 milliards de FCFA auprès des investisseurs ouest-africains, illustrant ainsi l’ampleur des besoins budgétaires de Dakar et son report forcé sur les ressources régionales. Cette orientation stratégique s’impose comme une réponse à la dégradation de l’accès aux marchés internationaux, accentuée par les ajustements comptables révélés en 2024.
L’UEMOA devient le refuge financier du Sénégal
L’exclusion temporaire des marchés globaux n’est pas une volonté mais une nécessité. Les révisions des comptes publics, dévoilant un endettement bien supérieur aux annonces précédentes, ont rendu le coût de la dette extérieure prohibitif. Sans solution alternative immédiate, le ministère des Finances et du Budget s’est tourné vers Umoa-Titres, l’organe chargé des adjudications de titres souverains pour les huit pays membres de l’Union.
Avec un montant de 1 311,3 milliards de FCFA collectés en quatre mois, soit près de deux milliards d’euros, le Sénégal s’affirme comme l’un des émetteurs les plus dynamiques de la zone. Cette performance, équivalente à une moyenne mensuelle de 330 milliards de FCFA, dépasse largement la cadence historique du pays. Une telle intensité reflète une compensation méthodique des financements internationaux perdus.
Des taux plus élevés pour un risque souverain accru
Cette stratégie a un prix : les banques et investisseurs régionaux, principaux souscripteurs des titres sénégalais, exigent désormais des rendements plus attractifs. La dégradation de la perception du risque par les agences de notation, notamment Moody’s et Standard & Poor’s, se traduit par des taux plus élevés à chaque adjudication. Résultat, le coût d’emprunt du Sénégal excède celui de ses voisins immédiats pour des maturités comparables.
Ce contexte crée un double défi. D’abord, il alourdit le service de la dette intérieure, déjà sous tension budgétaire. Ensuite, il absorbe une part croissante de la liquidité bancaire disponible dans l’UEMOA, limitant les opportunités pour d’autres États comme la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Burkina Faso. Le risque d’éviction des financements privés s’accroît, menaçant la dynamique économique régionale.
Retrouver la confiance des marchés pour relancer l’attractivité
Pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, l’enjeu dépasse la simple couverture des besoins 2025. Les négociations en cours avec le FMI, suspendues après l’audit de la dette, pourraient débloquer un nouveau programme et restaurer la confiance des investisseurs étrangers. À terme, cette avancée permettrait un retour progressif sur les marchés internationaux.
En attendant, le marché régional de l’UEMOA joue un rôle de tampon, mais ne peut à lui seul combler le déficit de financements en devises nécessaires aux grands projets d’infrastructures, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’énergie. La trésorerie est préservée à court terme, mais la pression sur les taux et les intérêts pèse lourdement sur les marges de manœuvre. La restauration de la crédibilité budgétaire reste la clé pour une normalisation durable.

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