31 août 2026

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Le Sénégal sous la loupe de Moody’s : une signature financière fragilisée à Caa2


L’agence de notation Moody’s Ratings a officialisé une nouvelle dégradation de la note du Sénégal, la faisant passer de Caa1 à Caa2, avec une perspective qui demeure négative. Cette décision impacte les notes d’émetteurs à long terme, tant en devises étrangères qu’en monnaie locale, ainsi que les notes senior non garanties en devises étrangères. La notation à court terme, quant à elle, est confirmée à « Not Prime ». Cette annonce intervient alors qu’une mission du Fonds Monétaire International (FMI) est présente à Dakar, du 19 août au 1er septembre, pour discuter avec les autorités sénégalaises des modalités d’un nouveau programme. Ce dossier était en suspens depuis l’échec d’un précédent programme à décaissement, acté début novembre 2025, le gouvernement ayant refusé d’envisager une restructuration.

Concrètement, la note Caa2 place le Sénégal dans la catégorie des émetteurs jugés « très spéculatifs ». Déjà en juin 2026, une analyse d’Oxford Economics avait souligné la perception des marchés : les spreads souverains sénégalais avaient atteint des niveaux comparables à ceux du Venezuela et du Liban, des nations fréquemment associées à un risque de défaut de paiement. Cette détérioration de la confiance ne se limite pas à des considérations sémantiques. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont vu leur valeur chuter d’environ 20 %. Parallèlement, les spreads de rendement sur les marchés internationaux ont doublé, passant d’une moyenne annuelle de 800 à 1 500 points de base. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à 51 centimes pour un euro, soit une décote de 49 %, tandis que celui à échéance 2028, dont l’amortissement a débuté en mars 2026, affichait une décote supérieure à 30 %.

Des pressions financières intenses sur le Sénégal

Sur le plan des indicateurs techniques, Moody’s détaille précisément l’ampleur de la pression pesant sur les finances publiques sénégalaises. Le pays doit faire face à des besoins de financement bruts estimés à environ 25 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Le remboursement annuel du seul principal de la dette représente environ 18 % du PIB, et les paiements d’intérêts ont grimpé de 16,1 % à 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, incluant celle des entreprises publiques, est évaluée à près de 108 % du PIB. Ce chiffre doit être mis en perspective avec l’estimation du FMI d’une dette atteignant 132 % du PIB fin 2024, suite à la révélation d’une part de « dette cachée » sous l’administration précédente. Un autre signe concret de cette tension est apparu lors des adjudications régionales de l’UEMOA en décembre 2025 : sur 95 milliards de FCFA proposés, seuls 35 milliards ont été effectivement levés, et le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un seul mois, indiquant que même le marché régional, traditionnellement un refuge, montre des signes de saturation.

Des échéances coûteuses et un accès difficile aux marchés

Les échéances de remboursement illustrent les défis quotidiens pour l’État. En mars 2026, Dakar a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont environ 394 millions pour le principal, afin d’honorer une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018. Pour ce faire, le pays a dû recourir aux banques locales, faute d’un accès aisé au marché international. Parallèlement, le FMI avait suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars en raison d’un désaccord sur la restructuration de la dette. Ce sont précisément ces échéances répétées, avec d’autres Eurobonds arrivant à maturité en 2026 – une année identifiée par la Banque mondiale comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne – que la nouvelle note Caa2 rend plus coûteuses à refinancer.

Tensions institutionnelles et plafonds pays abaissés

Moody’s a également procédé à un abaissement des plafonds pays du Sénégal, les faisant passer de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence relie explicitement cette décision aux tensions institutionnelles récentes. Le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ont, selon Moody’s, exacerbé le rapport de force entre l’exécutif et le législatif. Cette situation accroît le risque de retards dans la mise en œuvre des mesures budgétaires essentielles.

Le rôle stabilisateur de l’UEMOA

Un facteur, cependant, atténue légèrement ce tableau préoccupant. L’appartenance du Sénégal à l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) demeure, d’après Moody’s, un soutien important. L’arrimage du franc CFA à l’euro, combiné au niveau des réserves de change régionales – avoisinant les 38 milliards de dollars fin mai 2026 – contribue à limiter le risque d’une crise de change ou de balance des paiements. Néanmoins, la pression budgétaire sur le pays reste, elle, entière.

Il s’agit de la troisième dégradation de la note du Sénégal en un peu plus d’un an. Après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, contesté à l’époque par le ministère des Finances qui avait jugé les hypothèses de l’agence « spéculatives, subjectives et biaisées », et une dégradation similaire par S&P plus tôt cette année, le pays aborde la phase finale des discussions avec le FMI dans une zone de risque nettement plus marquée qu’il y a douze mois.