20 mai 2026

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L’économie de la terreur : comment les enlèvements financent Boko Haram

Une industrie du kidnapping bien huilée

Le phénomène des enlèvements dans le bassin du lac Tchad a pris une dimension industrielle, devenant une source de financement majeure pour des groupes comme Boko Haram. Au Nigeria, pays le plus durement touché, la situation est alarmante. Les données révèlent une activité structurée et extrêmement rentable. Sur une période d’un an, entre juillet 2024 et juin 2025, plus de 4 700 personnes ont été kidnappées au cours de près d’un millier d’incidents distincts. Ces rapts, qui entraînent des centaines de morts, ciblent fréquemment des établissements scolaires, semant la terreur principalement dans le nord et le centre du pays.

Les principaux responsables de cette vague de violence sont Boko Haram, classé comme organisation terroriste par l’ONU depuis 2014, et sa faction dissidente, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Leur champ d’action ne se limite pas au Nigeria. Des incidents similaires sont recensés au Cameroun, comme l’enlèvement des passagers d’un bus à Ziguagé, dans l’Extrême-Nord, revendiqué par Boko Haram. Récemment, au Niger, le même groupe a capturé sept ressortissants tchadiens près de la frontière, dont l’un a été exécuté.

Boko Haram est né en 2002 à Maiduguri, dans l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria puis s'ést étendu à d'autres pays

Recrutement forcé et rançons exorbitantes

Les enlèvements de masse répondent à une double stratégie. D’une part, ils permettent le recrutement forcé de jeunes hommes pour grossir les rangs des combattants, et de femmes et de communautés entières réduites à l’état de main-d’œuvre ou d’esclaves sexuelles. D’autre part, ils représentent une manne financière considérable grâce aux rançons. Les sommes exigées sont souvent colossales. Pour les otages tchadiens, les ravisseurs ont réclamé 50 millions de francs CFA pour cinq personnes, et dix fois plus, soit 500 millions, pour un otage médecin.

Mobilisation au Nigeria en mai 2015 après l'enlèvement massif des lycéennes

La politique ambiguë du gouvernement nigérian

Face à cette menace, la position officielle du Nigeria est de ne pas céder au chantage pour ne pas financer le terrorisme. Une loi adoptée en 2022 criminalise même le paiement de rançons, avec des peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison. Cependant, dans la pratique, cette loi semble peu appliquée. De nombreuses familles continuent de payer pour obtenir la libération de leurs proches, et les autorités elles-mêmes sont soupçonnées de le faire.

Des allégations persistantes suggèrent que le gouvernement nigérian aurait versé une rançon importante à Boko Haram pour libérer environ 230 élèves et membres du personnel d’une école catholique kidnappés en novembre 2025. Les montants évoqués varient entre 1,3 et 6 millions d’euros, qui auraient été livrés en espèces par hélicoptère. Le gouvernement nie fermement ces accusations, affirmant que les libérations sont le fruit d’opérations de renseignement. Admettre de tels paiements risquerait de renforcer la propagande des groupes jihadistes.

Nigeria : des combattants présumés de Boko Haram tuent plusieurs personnes lors d'une attaque

Le bassin du lac Tchad, un sanctuaire stratégique

Fondé en 2002 à Maiduguri par le prédicateur Mohammed Yusuf, Boko Haram, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché », a rapidement transformé le nord-est du Nigeria en son bastion. Le mouvement a ensuite étendu son influence à toute la région du lac Tchad, devenant une menace transnationale pour le Niger, le Tchad et le Cameroun.

Cette zone est stratégique pour plusieurs raisons. C’est un espace transfrontalier difficile à contrôler, proche du Sahel et de la Libye, qui sert de couloir pour le trafic d’armes et d’hommes. La faible présence de l’État dans ces zones marginalisées, combinée à une économie locale dynamique (agriculture, élevage), offre aux groupes des opportunités de taxation et de prédation. De plus, son écosystème complexe, fait d’îles, de marécages et de forêts, constitue un refuge idéal pour échapper à la pression militaire.

Conséquences d'une attaque de Boko Haram à Kwara au Nigeria en 2026

Guerre fratricide et réponse militaire

En 2016, une scission a donné naissance à l’ISWAP. En désaccord avec la violence aveugle d’Abubakar Shekau, le leader historique de Boko Haram, qui frappait y compris les civils musulmans, cette faction a prêté allégeance à l’État islamique. L’ISWAP adopte une approche plus structurée, cherchant à s’implanter durablement en établissant des relations avec les populations locales. Depuis, les deux groupes rivaux se livrent une guerre sans merci pour le contrôle des territoires.

Les États de la région tentent de coordonner leur riposte. La Force multinationale mixte, mise en place par la commission du bassin du lac Tchad, mène des opérations militaires. Des stratégies non militaires, axées sur le développement et le renforcement de la présence de l’État, sont également déployées. Malgré plus d’une décennie de lutte, les groupes jihadistes démontrent une capacité d’adaptation et une résilience remarquables, continuant de poser un défi majeur à la stabilité régionale.

Depuis 2009, le bilan humain de cette insurrection est effroyable : plus de 40 000 morts et deux millions de déplacés, selon l’ONU. Pour soutenir le Nigeria, les États-Unis ont déployé environ 200 soldats pour des missions de formation.

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