6 août 2026

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L’Espagne exhorte ses partenaires européens à la prudence face au Maroc après la crise de Ceuta

L’Espagne exhorte ses partenaires européens à la prudence face au Maroc après la crise de Ceuta

L’Union européenne privilégie la lutte contre la désinformation plutôt que de s’opposer frontalement à Rabat.

L’Espagne a discrètement sollicité les gouvernements européens pour qu’ils évitent toute critique publique envers le Maroc concernant son rôle dans la récente crise migratoire à Ceuta. Cette demande, formulée lors d’une réunion en ligne des ministres de l’Intérieur mardi, visait à modérer les messages négatifs à l’encontre de Rabat, alors que de nombreux participants s’interrogeaient sur l’arrivée soudaine de 72 000 personnes sur le territoire espagnol en Afrique du Nord.

Cette démarche espagnole met en lumière la détermination de l’Union européenne à préserver une alliance stratégique avec le Maroc. Rabat est en effet un partenaire incontournable pour la gestion des flux migratoires vers l’Europe et un acteur clé dans la lutte antiterroriste et le partage de renseignements.

Interrogé sur la responsabilité de cette crise migratoire Ceuta, Fernando Grande-Marlaska, ministre espagnol de l’Intérieur, a affirmé qu’il n’y avait « pas nécessairement quelqu’un à blâmer ». Mis à part une discrète allusion du ministre de la Défense, l’Espagne a maintenu une ligne de conduite évitant toute incrimination directe de Rabat.

Une source gouvernementale occidentale a suggéré que le Maroc aurait, au moins implicitement, facilité cet afflux massif vers Ceuta, potentiellement comme un avertissement politique adressé à Madrid. Parallèlement, la situation a été exacerbée par la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, notamment des allégations erronées concernant un arrêt de la Cour suprême espagnole interdisant les retours forcés « immédiats » de migrants en situation irrégulière arrivés par voie maritime à Ceuta et Melilla.

Des observateurs occidentaux ont également noté une réaction « très rapide et à grande échelle » d’acteurs de la désinformation russes, qui ont exploité les événements survenus à la frontière hispano-marocaine.

Alors que Friedrich Merz, chancelier allemand, a explicitement demandé au Maroc d’assumer ses responsabilités et de réadmettre les migrants, d’autres dirigeants de l’UE ont préféré ne pas pointer du doigt le royaume. Cette prudence contraste avec les interrogations d’analystes et de reportages qui soulignaient l’improbabilité d’un tel passage sans un relâchement des contrôles frontaliers marocains, habituellement rigoureux. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a rappelé le principe de non-instrumentalisation des migrants à des fins de pression sur l’UE, sans toutefois nommer directement le Maroc. Elle a également évoqué la possibilité d’un soutien financier accru à Rabat, dans le cadre d’un renforcement des liens entre Bruxelles et le Maroc.

L’accent mis sur la désinformation

Plutôt que de blâmer ses partenaires, la réponse européenne s’est largement concentrée sur le rôle des passeurs et l’impact potentiel de la désinformation sur les réseaux sociaux, qui aurait amplifié les messages des réseaux criminels. Cette approche rejoint la position du Maroc : Rachid Khalfi, porte-parole du ministère de l’Intérieur marocain, a imputé la responsabilité à « l’exploitation de l’espace numérique », qui aurait donné l’impression d’une entrée facile et sans conséquence juridique en Europe via Ceuta.

Le Maroc a également critiqué la décision de justice espagnole qui a généré ces spéculations, arguant que Madrid aurait dû anticiper de telles répercussions. Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations, a annoncé qu’Europol, l’agence de l’UE pour le soutien aux forces de l’ordre nationales, enquêtait sur d’éventuelles campagnes de désinformation liées à la crise migratoire Ceuta Espagne Maroc.

Les ambassadeurs et ministres de l’UE ont discuté cette semaine du rôle de la désinformation, s’accordant sur la nécessité d’un meilleur partage des renseignements. Le Service européen pour l’action extérieure a commencé à examiner si des acteurs russes ont cherché à tirer parti de cet événement sur les réseaux sociaux. Frontex, l’agence européenne des frontières, envisage également d’étendre ses compétences pour inclure la surveillance de la désinformation sur les plateformes numériques. Cependant, aucune étude ou enquête indépendante n’a encore clairement prouvé l’existence d’une campagne coordonnée précédant les événements de la semaine dernière.