13 mai 2026

L’offensive rebelle et djihadiste au Mali met à mal la stratégie de la junte

Les événements du 25 avril 2026 marquent un tournant décisif dans le conflit malien. En lançant des assauts simultanés contre des points névralgiques comme Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré, le JNIM et le FLA ont exposé les failles d’un système de défense largement dépendant de partenaires étrangers. La perte de Kidal ébranle le discours de souveraineté de la junte et souligne l’inefficacité relative du soutien russe face à l’insurrection.

La capitale malienne sous haute tension

L’attaque coordonnée menée par le JNIM et le FLA représente une escalade sans précédent. Ce regain de violence s’inscrit dans une spirale d’insécurité amorcée en 2020. Autrefois cantonnés au nord, les djihadistes du JNIM frappent désormais au cœur du pays et étendent leur influence vers le sud et l’ouest, menaçant même les pays du golfe de Guinée comme le Bénin, le Togo ou le Nigeria.

Malgré l’usage de drones Bayraktar fournis par la Turquie par les FAMA, la pression s’intensifie. Depuis la fin de l’année 2025, une stratégie d’asphyxie économique vise Bamako. En ciblant les circuits d’approvisionnement en carburant, les insurgés cherchent à ruiner la crédibilité du gouvernement de transition. Bien qu’une prise de contrôle militaire de la capitale semble complexe au vu de leurs effectifs, cette guerre d’usure psychologique permet aux groupes armés de se présenter comme une autorité alternative dans les zones rurales délaissées par l’État, où ils instaurent déjà une administration parallèle.

Le revers symbolique de Kidal

Le 25 avril a été marqué par la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors de l’attaque de Kati. Plus symbolique encore, la reprise de Kidal par la coalition rebelle et djihadiste annule les gains territoriaux de 2023. Ce retrait forcé des éléments d’Africa Corps remet en question le pacte sécuritaire conclu avec Moscou, censé garantir une protection plus efficace que les anciens dispositifs internationaux.

Cette alliance de circonstance entre le JNIM, aux ambitions théocratiques, et le FLA, aux revendications autonomistes centrées sur l’Azawad, montre une convergence tactique inédite. Bien que leurs objectifs finaux divergent, leur opposition commune à la junte et à la présence russe a scellé un pacte opérationnel. Le JNIM a d’ailleurs durci le ton en exigeant le départ définitif des forces russes du territoire malien et en annonçant un siège total de la capitale.

Un équilibre régional en pleine mutation

Face à cette crise, la Russie tente de maintenir son influence en réaffirmant son soutien à Assimi Goïta. Parallèlement, la Turquie renforce sa présence via la société SADAT, jouant un rôle crucial dans la formation et la protection des dirigeants maliens. Du côté de l’Alliance des États du Sahel, le Niger et le Burkina Faso sont restés prudents, préférant sécuriser leurs propres frontières malgré les accords d’assistance mutuelle prévus par la Charte du Liptako-Gourma.

L’Algérie, de son côté, cherche à regagner du terrain diplomatique en se positionnant comme un médiateur naturel, fort de ses liens historiques avec le FLA. Pendant ce temps, les États-Unis tentent une approche diplomatique pour limiter l’ancrage russe dans la région. Cette instabilité fait craindre une contagion vers le Sénégal et la Mauritanie, alors que le Burkina Faso reste le point de passage critique de la menace vers les côtes atlantiques.

En définitive, la situation actuelle révèle l’épuisement d’un modèle sécuritaire qui peine à protéger les populations civiles. Entre menaces extérieures et risques de déstabilisation interne, l’avenir de la transition malienne semble de plus en plus incertain face à un adversaire qui mise sur l’effondrement progressif de l’État.