31 mai 2026

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Mali : crimes de guerre contre les peuls par l’armée et Wagner

Des exactions massives ciblant la communauté peule au Mali depuis 2025

Depuis le début de l’année 2025, les forces armées du Mali, alliées au groupe paramilitaire russe Wagner, sont accusées d’avoir commis des exécutions sommaires et des disparitions forcées à l’encontre de dizaines d’hommes issus de l’ethnie peule. Ces actes, documentés dans plusieurs régions du pays, s’inscrivent dans le cadre d’opérations militaires menées contre des groupes armés islamistes, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda).

Un bilan accablant : exécutions et disparitions en hausse

  • Au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées de civils peuls depuis janvier 2025, selon les enquêtes menées.
  • Des opérations conjointes entre l’armée malienne et Wagner ont ciblé des villages perçus comme favorables aux groupes islamistes, entraînant des abus généralisés.
  • Les accusations de collaboration avec le GSIM ont servi de prétexte à des violences systématiques contre la communauté peule, déjà marginalisée.

Des témoignages accablants : des villages transformés en champs de ruines

Kobou (région de Mopti) – Janvier 2025 : meurtres et destructions

Le 23 janvier 2025, des soldats maliens ont envahi Kobou, un village sous influence du GSIM, tuant trois civils peuls et incendiant plus de 30 maisons. Les corps retrouvés portaient des traces de torture : yeux bandés, mains liées. Les survivants, interrogés par des enquêteurs, ont confirmé que les militaires visaient systématiquement les Peuls, les associant aux djihadistes.

« Nous savons que, si un soldat aperçoit un Peul, c’est fini pour lui. Ni les djihadistes ni l’armée ne nous épargnent. » – Témoignage d’un habitant de 28 ans.

Sebabougou (région de Kayes) – Avril 2025 : une fosse commune

Le 12 avril 2025, près de 100 hommes peuls ont été arrêtés dans ce village, accusés de liens avec le GSIM. Transférés au camp militaire de Kwala, au moins 65 d’entre eux ont été exécutés sommairement, leurs corps retrouvés en périphérie du camp. Les familles, privées d’informations, ont dû identifier des cadavres en état de décomposition avancée.

« Nous avons découvert 43 corps en deux jours. Impossible de les reconnaître, mais nous savons qu’il s’agit de nos proches. » – Proche d’une victime.

Belidanédji et Molodo (région de Ségou) – Mars 2025 : terreur et impunité

Le 30 mars, après des affrontements avec des combattants du GSIM, l’armée malienne et Wagner ont exécuté six civils peuls, dont certains sous la torture. Deux autres hommes ont été détenus au secret dans un conteneur à Molodo pendant deux semaines, sans contact avec l’extérieur. Les témoignages décrivent des passages à tabac et des exécutions arbitraires.

« Les soldats ne faisaient aucune différence entre nous et les djihadistes. Ils nous considéraient tous comme des ennemis. » – Survivant de 47 ans.

Une responsabilité partagée : junte, Wagner et groupes islamistes

Les enquêtes révèlent une collusion inquiétante entre les forces maliennes et Wagner, avec une stratégie de contre-insurrection ciblant les Peuls. Les groupes islamistes, eux, recrutent massivement au sein de cette communauté, exacerbant les tensions. Le résultat ? Une population prise en étau, entre accusations infondées et violences extrêmes.

  • L’armée malienne : accusée de tortures, exécutions et disparitions forcées.
  • Le groupe Wagner : impliqué dans des opérations meurtrières et des détentions illégales.
  • Les groupes armés islamistes : responsables de recrutements forcés et d’exactions dans les zones peules.

L’Union africaine et la CPI face à l’urgence

Face à l’escalade des violences, l’Union africaine est appelée à renforcer sa pression sur Bamako pour :

  • Protéger les civils et mettre fin aux abus.
  • Soutenir les enquêtes indépendantes.
  • Garantir des poursuites judiciaires contre les responsables.

Le Mali, signataire du Statut de Rome, est sous la surveillance de la Cour pénale internationale (CPI), qui enquête depuis 2012 sur les crimes de guerre. Cependant, le retrait du pays de la CEDEAO en janvier 2025 prive les victimes d’un recours régional.

« Les hauts responsables maliens et russes doivent savoir qu’ils pourraient être tenus pour responsables des crimes commis par leurs hommes. L’inaction n’est plus une option. » – Expert en droits humains.

Contexte : un conflit aux racines profondes

Depuis 2012, le Mali est déchiré par un conflit opposant l’État à des groupes armés islamistes, causant plus de 350 000 déplacés et des milliers de morts. La junte au pouvoir, arrivée par un coup d’État en 2021, a renforcé sa collaboration avec Wagner, malgré le déni public de sa présence.

Les autorités russes, quant à elles, ont reconnu le rôle de Wagner, évoquant des services de sécurité fournis au Mali. En juin 2025, Wagner a annoncé son retrait, remplacé par l’Africa Corps, un nouveau groupe paramilitaire sous contrôle direct du Kremlin.

Que dit le droit international ?

Toutes les parties au conflit sont soumises au droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève, qui interdit les meurtres, tortures et traitements inhumains. Les disparitions forcées violent également la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, ratifiée par le Mali.

Les crimes documentés pourraient constituer des crimes de guerre, exposant leurs auteurs à des poursuites devant la CPI ou des tribunaux nationaux.

Pour aller plus loin

Ces exactions s’ajoutent à une liste déjà longue d’abus commis par l’armée et Wagner depuis 2021. Les enquêtes se poursuivent, mais le temps presse : chaque jour sans justice est un jour de plus pour l’impunité.