Un discours de fête… qui ignore la crise
Lors de la commémoration de l’indépendance du Mali, le général Assimi Goïta a choisi un ton triomphant pour s’adresser à la Nation. Entre croissance économique annoncée, armée présentée comme invincible et souveraineté rétablie, le pouvoir en place a résumé sa vision, comme à l’accoutumée. Pourtant, une analyse fine des déclarations présidentielles face aux faits révèle un écart vertigineux entre les mots et le quotidien des citoyens malien·ne·s.
Sécurité : l’armée en difficulté malgré le discours officiel
Dans son allocution, l’exécutif met en avant des Forces armées maliennes (FAMa) « modernisées, équipées et triomphantes », prétendument soutenues par l’Alliance des États du Sahel (AES). Mais sur le terrain, les faits contredisent cette image lissée.
Des zones abandonnées aux groupes armés
Les provinces du centre et du nord du Mali subissent une dégradation sécuritaire sans précédent. Les attaques récentes du JNIM et des groupes indépendantistes dans des localités comme Tinzawatène, Dioura ou Sévaré démontrent une incapacité chronique des forces maliennes et de leurs alliés à sécuriser les axes stratégiques et les populations rurales. Pire, ces échecs s’accompagnent de pertes humaines et matérielles qui sapent la crédibilité de l’armée.
Une souveraineté militaire illusoire
Si le pouvoir vante une « autonomie retrouvée », la vérité est tout autre. La dépendance croissante envers le contingent russe Africa Corps (ex-Wagner) s’est intensifiée, au prix de concessions financières et minières disproportionnées. Ces accords, loin de renforcer une armée républicaine, transforment le Mali en un terrain d’expérimentation pour des groupes paramilitaires étrangers, au détriment des intérêts nationaux.
Économie : la croissance théorique face à la précarité quotidienne
Le discours présidentiel évoque un « boom économique » avec un taux de croissance dépassant les 5 %, porté par l’exploitation des ressources locales et une réforme du code minier. Pourtant, ces chiffres macroéconomiques peinent à convaincre ceux qui vivent au quotidien avec les conséquences de cette politique.
L’inflation qui étrangle les ménages
À Bamako comme dans les régions, le pouvoir d’achat s’effondre. Le prix des denrées essentielles – riz, huile, sucre – et du carburant a grimpé en flèche, rendant l’accès à l’alimentation et aux déplacements de plus en plus difficile pour les familles. Les promesses de prospérité restent lettre morte pour la majorité de la population.
Un service public en lambeaux
Si le général Goïta assure une amélioration de l’approvisionnement en électricité, la réalité est tout autre. Les populations et les petites entreprises subissent des délestages répétés, paralysant l’activité économique informelle qui constitue le poumon de l’économie malienne. La société nationale EDM-SA, loin de tenir ses engagements, aggrave la crise énergétique.
Le paradoxe des ressources minières
Les autorités affirment redistribuer les revenus tirés des mines, mais les fonds publics et les licences d’exploitation sont massivement mobilisés pour régler les coûts liés au partenariat controversé avec Africa Corps. Résultat : les retombées attendues pour le développement local sont diluées, et les communautés locales ne voient aucune amélioration tangible.
Dialogue et réconciliation : une façade qui se fissure
Le président a réitéré son appel à la « cohésion nationale » et à la « Charte de paix », mais les actes contredisent ces déclarations. Dans un contexte où l’espace civique se referme, les voix dissidentes sont systématiquement étouffées.
La société civile et les médias sous pression
Acteurs politiques, journalistes et défenseurs des droits humains font face à des poursuites judiciaires, des détentions arbitraires ou des intimidations dès qu’ils osent critiquer la gestion de la Transition. Cette stratégie de répression étouffe toute velléité de débat public et renforce l’isolement du pouvoir.
Un Nord oublié : la fin des espoirs de paix
L’abandon des accords de paix précédents et le choix d’une approche purement militaire ont enterré les mécanismes de dialogue inclusif. Au lieu de rechercher une solution politique, le pouvoir mise sur une confrontation armée, plongeant le nord du pays dans un cycle de violences sans issue.
Un décalage insoutenable entre le pouvoir et le peuple
En s’enfermant dans un discours d’autosatisfaction, le pouvoir malien nourrit davantage les frustrations que les espoirs. Alors que le général Goïta célèbre les « victoires » de la Transition depuis les salons du Koulouba, la population, elle, subit les conséquences d’un modèle de gouvernance de plus en plus déconnecté des réalités.
La promesse d’un « Mali debout » (« Malikura ») sonne désormais comme une ironie amère pour des millions de Maliens confrontés à l’insécurité chronique, à la précarité économique et à l’absence de perspectives.
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