4 juin 2026

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Mali : la lutte antiterroriste ne doit pas servir de prétexte à l’arbitraire

Au Mali, l’inquiétude grandit alors que cela fait désormais un mois que Mountaga Tall, figure du barreau et ancien ministre, a été enlevé par les services de la Sécurité d’État. Détenu au secret, hors de tout cadre légal, il n’est pas le seul : son fils ainsi que plusieurs militants, militaires et religieux subissent un sort identique. Ces disparitions forcées se sont multipliées dans la foulée des attaques d’envergure du 25 avril dernier. Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien garde des Sceaux, livre une analyse sans concession sur cette dérive autoritaire et la fragilisation de l’État de droit sous le régime de transition.

Un système judiciaire sous pression

La situation de Mountaga Tall est emblématique d’un basculement. Malgré les appels de la Conférence internationale des barreaux, aucune présentation devant un magistrat n’a eu lieu. Pour Mamadou Ismaïla Konaté, le constat est amer : « L’État de droit se juge à la manière dont il traite ses voix critiques ». L’absence de visites médicales ou d’accès à la défense pour un avocat de ce rang marque une escalade préoccupante, d’autant plus que l’enlèvement du fils de Tall semble constituer une mesure de représailles directe contre les protestations du bâtonnier.

L’argument de la lutte antiterroriste est systématiquement mis en avant par les soutiens du pouvoir pour justifier ces méthodes. Pourtant, la sécurité juridique ne saurait être sacrifiée sur l’autel de la raison d’État. Un camp militaire ne peut en aucun cas se substituer à un tribunal. En laissant l’arbitraire s’installer, le régime crée un précédent dangereux où chaque citoyen devient une cible potentielle.

Une justice malienne à deux vitesses ?

Le contraste est saisissant au sein de l’appareil judiciaire. D’un côté, l’ancien Premier ministre Moussa Mara écope d’un an de prison ferme pour une simple publication sur les réseaux sociaux. De l’autre, des partisans de la transition appellent impunément à la violence contre les défenseurs de la démocratie. Cette perception d’une justice aux ordres, ou du moins paralysée par la peur, inquiète. Si les magistrats disposent légalement de la possibilité de se mettre en retrait, beaucoup semblent aujourd’hui jouer un rôle que l’histoire pourrait juger sévèrement.

La responsabilité du pouvoir face à l’insécurité

Depuis six ans, les militaires dirigent le pays sans processus électoral. Malgré des succès revendiqués comme la prise de Kidal, le régime semble vaciller sous la pression constante des groupes armés. Si le terrorisme est par essence la négation de la paix civile, on ne peut occulter la responsabilité de ceux qui gouvernent par la force. L’exposition croissante des populations aux périls sécuritaires est indissociable des choix politiques opérés par le sommet de l’État.

L’opposition face au dilemme des alliances

Dans ce paysage politique morcelé, certains s’étonnent de voir des opposants refuser de rallier la Coalition des forces pour la République (CFR). La raison invoquée est claire : le refus de choisir entre le « képi » et la « chéchia ». Pour de nombreux républicains, s’allier avec des mouvements liés aux événements de 2012 — marqués par des exactions commises au nom d’une idéologie radicale dans le nord du Mali — est impossible sans un inventaire préalable. La jonction actuelle entre les indépendantistes du FLA et les jihadistes du Jnim impose une clarté morale absolue sur les valeurs démocratiques.

Souveraineté et patriotisme : un débat détourné

Enfin, face au discours des régimes de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso) qui assimilent toute opposition à une trahison nationale ou à une influence étrangère, la réponse est ferme. Être patriote, c’est précisément rappeler le droit et exiger le respect des engagements pris devant le peuple. Les véritables adversaires de la nation sont ceux qui affament la population et anéantissent les libertés fondamentales au nom d’une souveraineté de façade.