18 septembre 2026

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Mali : les coulisses d’un réalignement diplomatique qui dérange le Kremlin

Le Mali de 2026 est en pleine recomposition géopolitique. Alors que Bamako et Moscou entretenaient une alliance sécuritaire étroite depuis le départ des forces françaises, les derniers mois révèlent une stratégie plus nuancée — voire contradictoire. Entre Moscou, assis sur son héritage mais confronté à des échecs patents, et Washington qui revient discrètement en première ligne, le Mali semble chercher une issue face à une insurrection jihadiste toujours plus menaçante. Mais que cache réellement cette réouverture à l’Amérique ? Explications.

Un partenariat russe en perte de vitesse après des années de promesses

Il fut un temps où l’arrivée des groupes paramilitaires russes, puis de l’Africa Corps, était présentée comme la solution à la crise sécuritaire malienne. Après le retrait des troupes françaises en août 2022, Bamako a misé sur Moscou pour combler le vide. Pourtant, les résultats obtenus peinent à convaincre. Les données officielles américaines de 2022 et 2023 parlent d’elles-mêmes : une augmentation continue des violences terroristes, malgré le déploiement des forces russes. L’année 2023 a été particulièrement meurtrière, selon le département d’État.

Les rapports soulignent une létalité accrue des attaques, malgré le soutien des mercenaires de Wagner, puis des unités de l’Africa Corps. Loin de stabiliser la situation, la présence russe s’est accompagnée d’une escalade des violences, remettant en cause le discours officiel sur une « souveraineté retrouvée ».

Des revers militaires qui fragilisent l’image de la Russie

Les derniers mois de 2025 et les premiers de 2026 ont été marqués par des échecs retentissants pour les forces maliennes et leurs alliés russes. En avril 2026, une offensive conjointe du JNIM (affilié à Al-Qaida) et de groupes touaregs a infligé de lourdes pertes à Bamako. Parmi les victimes figuraient le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, formé en Russie. Pire encore : les forces russes ont dû abandonner Kidal, une position stratégique reprise en 2023, sous la pression des jihadistes.

Ces revers ont ébranlé la crédibilité de Moscou comme garant de la sécurité malienne. Selon l’analyste Héni Nsaibia, ces événements illustrent l’échec des campagnes militaires russes à contenir l’insurrection. Un constat partagé par de nombreux observateurs, qui soulignent l’incapacité de l’Africa Corps à inverser durablement la tendance.

Des chiffres accablants pour les forces pro-gouvernementales

Les données compilées par ACLED en 2025 révèlent un bilan humain particulièrement lourd : 918 civils tués par les forces maliennes et leurs alliés russes, contre 232 attribués aux groupes jihadistes. Ces chiffres, bien que partiels, reflètent une violence systémique et une détérioration continue de la situation sécuritaire. Les populations civiles paient un lourd tribut, tandis que les axes d’approvisionnement restent sous la menace constante des jihadistes.

En mars 2026, Bamako a même dû négocier la libération de près de 200 détenus présumés jihadistes pour obtenir une trêve temporaire sur les attaques contre les convois de carburant. Une mesure qui en dit long sur la pression exercée par l’insurrection.

Washington fait son retour par la petite porte… et ne compte pas repartir

Face à ce constat d’échec relatif, Bamako semble avoir choisi une approche plus pragmatique : diversifier ses partenariats. Et pour la junte du général Goïta, un partenaire revient en scène : les États-Unis. Après des années de tensions, Washington et Bamako entament un rapprochement discret mais significatif. En mars 2026, des discussions ont été engagées pour permettre aux Américains de reprendre leurs vols de surveillance aérienne et de drones au-dessus du Mali. Une initiative destinée à mieux cibler les mouvements des groupes jihadistes, notamment le JNIM.

Cette coopération ne se limite pas au renseignement. En février 2026, les États-Unis ont levé les sanctions imposées à plusieurs hauts responsables maliens, dont le ministre de la Défense. Une décision symbolique qui ouvre la voie à une réactivation des échanges militaires et sécuritaires.

Pourquoi le Mali se tourne-t-il vers les États-Unis ?

Plusieurs éléments expliquent ce revirement :

  • Un besoin criant de renseignement : Les États-Unis offrent des capacités technologiques avancées (satellites, drones) que la Russie n’a pas toujours dispatchées efficacement.
  • Une connaissance approfondie des réseaux jihadistes : Washington dispose d’une expertise accumulée depuis des années dans la lutte antiterroriste au Sahel.
  • Un pragmatisme économique : Les projets miniers et énergétiques russes, bien que maintenus, ne suffisent plus à couvrir les besoins sécuritaires du Mali.

Contrairement à une idée reçue, ce rapprochement ne signifie pas un rejet pur et simple de Moscou. La Russie reste présente, notamment dans les secteurs miniers (or, lithium) et énergétiques. Mais Bamako semble avoir compris une chose : aucune puissance, seule, ne peut résoudre la crise.

Vers une diplomatie du « ni-ni » : ni rupture avec la Russie, ni abandon de l’Occident

Le Mali de 2026 ne choisit pas entre Moscou et Washington. Il joue sur les deux tableaux. Cette stratégie, à la fois audacieuse et risquée, reflète une volonté de ne plus dépendre d’un seul partenaire. Alors que la junte avait longtemps dénoncé l’ingérence occidentale, Bamako semble désormais admettre que la Russie, malgré ses promesses, n’a pas apporté de solution miracle.

Cette politique du « ni-ni » pourrait bien devenir la norme dans les mois à venir. En misant sur Washington pour pallier les lacunes russes, le Mali cherche à obtenir le meilleur des deux mondes : le soutien sécuritaire occidental, tout en conservant les avantages économiques et politiques de son alliance avec Moscou.

Si cette approche porte ses fruits, elle pourrait redessiner les équilibres géopolitiques du Sahel. Mais elle comporte aussi des risques : agacer davantage Moscou, tout en ne garantissant pas une sécurité immédiate. Le pari est donc de taille pour une junte dont la légitimité repose, avant tout, sur sa capacité à protéger le pays.

Une chose est sûre : l’ère où Bamako affichait une allégeance exclusive à la Russie est peut-être révolue. Place désormais à une diplomatie plus flexible, plus réaliste — et surtout, plus adaptée aux enjeux du terrain.