La condamnation de Moussa Mara à deux ans de prison, dont un an ferme, pour des motifs liés à ses prises de position critiques, représente une atteinte grave aux libertés fondamentales au Mali, selon Amnesty International. L’organisation exige sa libération immédiate, ainsi que celle de tous les détenus pour leurs opinions politiques, afin de mettre fin à cette répression arbitraire.
« Les autorités maliennes ignorent délibérément leurs engagements internationaux en matière de droits humains, comme le souligne la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le pays a adhéré », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Plutôt que de museler les critiques, elles devraient garantir la liberté d’expression et protéger les opposants pacifiques. »
Moussa Mara, ancien premier ministre (2014-2015) et leader du parti Yéléma, a été arrêté le 1er août après avoir exprimé sa solidarité avec des activistes emprisonnés dans un tweet évoquant une « nuit » avant l’aube. Il est accusé d’« atteinte au crédit de l’État », d’« incitation au trouble à l’ordre public » et d’« opposition à l’autorité légitime ».
Les détentions arbitraires, les disparitions forcées et l’usage abusif du système judiciaire au Mali servent uniquement à faire taire les voix dissidentes. Les autorités doivent respecter leurs obligations légales et libérer immédiatement les détenus politiques.
Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale
Une répression systématique contre les voix critiques
Depuis 2023, des journalistes, activistes et opposants sont régulièrement ciblés par des arrestations arbitraires et des disparitions forcées. Voici quelques cas emblématiques :
Enlèvements et détentions illégales
- El Béchir Thiam, journaliste et membre du parti Yéléma, a été enlevé en mai 2025 par des hommes cagoulés après avoir critiqué la transition militaire. Son enlèvement, suivi d’une disparition forcée de plusieurs mois, a suscité une plainte de son épouse avant sa libération en septembre 2025.
- Clément Dembélé, activiste anti-corruption, a été arrêté en 2023 alors qu’il préparait une conférence de presse sur les coupures d’électricité. Accusé à tort de menaces contre le chef de l’État, il reste détenu malgré le rejet des charges en avril 2025.
Condamnations politiques sous couvert de justice
- Rokiatou Doumbia (« Rose Vie Chère ») a été condamnée à un an de prison en 2023 pour avoir dénoncé la dégradation sécuritaire et économique. Toujours détenue arbitrairement, elle incarne la répression contre les critiques du pouvoir.
- Mohamed Youssouf Bathily (« Ras Bath »), animateur radio, a écopé de 18 mois de prison en 2023 pour avoir qualifié de « meurtre » la mort en détention d’un ancien premier ministre. Depuis sa libération, il fait face à de nouvelles accusations infondées.
- Adama Diarra (« Ben le Cerveau ») et Issa Kaou N’Djim ont été condamnés à deux ans de prison pour avoir respectivement appelé à un retour à la démocratie ou remis en cause une déclaration officielle du Burkina Faso. Leurs demandes de libération restent sans réponse.
Un contexte politique tendu
Depuis le coup d’État de 2020, le Mali est dirigé par des militaires. La transition, initialement prévue pour 18 mois, a été prolongée à plusieurs reprises, avec une dissolution des partis politiques en 2025 et une nouvelle période de cinq ans annoncée. Cette situation aggrave les tensions et justifie, selon les autorités, une répression accrue contre toute opposition.
Les experts des Nations unies et les organisations de défense des droits humains appellent le gouvernement à respecter l’état de droit et à libérer tous les détenus politiques, soulignant que ces pratiques violent les principes démocratiques fondamentaux.

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