29 avril 2026

Mali : Volker Türk alerte sur l’autoritarisme croissant et la répression politique

Mali : Volker Türk alerte sur l’autoritarisme croissant et la répression politique

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un avertissement solennel concernant l’évolution inquiétante de la situation politique au Mali. Depuis plusieurs années, le pays subit une dégradation continue de son paysage démocratique, marquée par une concentration accrue du pouvoir et une répression systématique des libertés fondamentales.

Depuis le coup d’État de 2020 qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali s’enfonce dans une crise institutionnelle sans précédent. Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a vivement critiqué les réformes constitutionnelles mises en place par la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta. Ces modifications juridiques, selon lui, équivalent à une fermeture définitive des voies vers un retour à la démocratie. Dans un communiqué officiel, il a appelé à la restauration immédiate des droits fondamentaux des citoyens maliens.

Des élections reportées indéfiniment

Près de cinq ans après le renversement du régime civil, les engagements pris pour organiser une transition vers un gouvernement élu ont été balayés. Aucune élection présidentielle n’a eu lieu depuis celle de 2018. Pire encore, une loi adoptée le 8 juillet dernier autorise le général Goïta à prolonger son mandat « aussi longtemps que nécessaire » jusqu’à ce que le pays retrouve la stabilité. En mai de cette même année, un décret présidentiel a dissous l’ensemble des partis politiques et associations à caractère politique, une décision qualifiée de « violation flagrante du droit des Maliens à participer à la vie publique ».

Une répression systématique des opposants

Le durcissement du régime s’accompagne d’une répression accrue contre toute forme de dissidence. Moussa Mara, ancien Premier ministre et figure de l’opposition, en a fait l’amère expérience. Arrêté le 1er août pour « atteinte à la crédibilité de l’État » et « opposition à l’autorité légitime », son cas illustre la stratégie du pouvoir en place pour museler toute critique. Volker Türk a dénoncé l’utilisation abusive de la justice pour étouffer les voix dissidentes, soulignant l’augmentation alarmante des arrestations de citoyens maliens issus de divers horizons sociaux.

Violences et abus contre les civils

Parallèlement, le Mali reste sous la menace constante des groupes djihadistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et Daech. Ces attaques terroristes, qui sévissent à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger, servent de prétexte à l’intervention des forces armées maliennes, soutenues par le groupe paramilitaire russe Africa Corps, successeur du controversé Groupe Wagner. Cependant, ces opérations militaires ciblent aussi les populations civiles, provoquant des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires et des disparitions forcées. Depuis avril dernier, le bureau de Volker Türk recense des centaines de cas de ce type, impliquant toutes les parties au conflit.

Avec la suspension prolongée des élections et l’intensification des mesures répressives, le Mali risque de s’enliser davantage dans une impasse politique et une spirale de violences, mettant en péril la stabilité de toute la région.