Le secteur extractif gabonais franchit une étape historique. Lors d’un accord signé à Paris, Eramet et sa filiale Comilog ont officialisé leur volonté de transformer localement le manganèse produit au Gabon. L’objectif ? Atteindre une capacité de 700 000 tonnes d’ici 2031. La cérémonie, organisée le 20 juillet à l’Élysée, a réuni le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, et les dirigeants du groupe français, illustrant l’importance stratégique de ce partenariat.
Une avancée majeure après des années de pressions
Depuis le changement de régime en août 2023, les autorités gabonaises exigent une meilleure valorisation des ressources minières locales. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon exporte jusqu’à présent la majorité de sa production sous forme brute, privant le pays des bénéfices de la transformation industrielle. Ce protocole, bien que non contraignant, marque un tournant en confirmant une volonté politique claire. Pour Eramet, présent au Gabon depuis plus de six décennies via sa filiale Comilog, cet engagement s’inscrit dans un dialogue enfin abouti avec Libreville.
Le groupe minier, coté en Bourse, tire une part essentielle de ses revenus des activités de Moanda, dans la province du Haut-Ogooué. La concrétisation de cet objectif nécessitera l’extension des unités de transformation existantes et la construction de nouvelles infrastructures industrielles capables d’absorber ce volume supplémentaire.
La souveraineté minière, pilier de la politique économique
Le président gabonais a fait de la maîtrise de la transformation des matières premières un axe central de sa stratégie économique. Le manganèse, minerai clé pour la sidérurgie mondiale et de plus en plus utilisé dans les batteries lithium-ion, occupe une place stratégique dans cette vision. Transformer sur place permettrait au Gabon de générer des recettes fiscales additionnelles, de créer des emplois qualifiés et de se positionner sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
Le calendrier fixé à 2031 offre à Eramet une période suffisante pour planifier ses investissements. Cependant, il impose aussi une échéance politique claire : la Transition souhaite des résultats concrets avant la fin de la décennie. Reste à concrétiser ce protocole par des engagements financiers précis, des études de faisabilité et des décisions d’investissement. À ce stade, aucun montant global n’a été révélé par les parties.
Cette signature s’inscrit dans un contexte diplomatique favorable entre Libreville et Paris. Reçu à l’Élysée, Brice Clotaire Oligui Nguema a également profité de son déplacement en France pour renforcer les relations bilatérales, un an après la normalisation progressive des liens post-coup d’État. La présence du chef de l’État gabonais lors de la cérémonie renforce la portée politique de cet accord, bien au-delà de sa dimension industrielle.
Un modèle pour d’autres acteurs miniers au Gabon ?
Au-delà d’Eramet, cet accord pourrait servir de référence pour les futures négociations avec d’autres opérateurs présents sur le territoire. Les autorités gabonaises pourraient s’appuyer sur ce précédent pour réviser les termes d’exploitation d’autres ressources, comme le fer ou les terres rares. La capacité du gouvernement à respecter le calendrier de 2031 servira de référence pour évaluer l’efficacité de la politique de souveraineté minière menée depuis Libreville.
Pour Eramet, cet engagement pourrait garantir la pérennité de ses permis d’exploitation et offrir une visibilité à long terme sur ses activités au Gabon. Le groupe, confronté à des défis sur ses autres actifs en Argentine et en Indonésie, a besoin d’un ancrage stable en Afrique. La transformation locale du manganèse, si elle se réalise, pourrait aussi améliorer l’image du groupe auprès des investisseurs européens, de plus en plus attentifs aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.
L’enjeu énergétique reste cependant crucial. Transformer 700 000 tonnes de minerai nécessite des capacités électriques importantes, dans un pays où les infrastructures énergétiques restent limitées. L’équation industrielle devra donc s’articuler avec une politique énergétique ambitieuse, sous peine de voir le calendrier de 2031 devenir inaccessible.

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