3 juillet 2026

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Maroc : la taxation des géants du numérique pour un équilibre économique

Les géants du numérique comme Meta, X, Instagram, TikTok, Netflix ou Spotify ne se contentent plus d’être de simples outils de divertissement ou de socialisation. Transformés en véritables empires économiques mondiaux, ils échappaient jusqu’à présent aux cadres fiscaux classiques des États. Au Maroc, cette brèche s’est refermée le 11 juin 2026 avec le déploiement, par la Direction générale des impôts (DGI), d’une plateforme dédiée à la taxation des services en ligne, accessible directement via le portail SIMPL.

une économie numérique en pleine expansion au Maroc

Cette initiative s’inscrit dans une logique économique où l’innovation, comme l’a théorisé le Prix Nobel Paul Romer, découle d’investissements orientés vers la rentabilité. Aujourd’hui, les réseaux sociaux captent plus de 36,5 % du temps passé en ligne, et la publicité génère environ 85 % de leurs revenus. À l’échelle mondiale, 9 entreprises sur 10 déclarent en tirer profit, tandis que le marché du marketing d’influence, boosté par des taux d’engagement élevés, a atteint 16,4 milliards de dollars dès 2022.

Le Maroc n’est pas en reste : avec 23,8 millions d’utilisateurs de réseaux sociaux (soit 63,4 % de la population), le pays affiche des chiffres éloquents. En 2022, YouTube comptait 21,5 millions d’utilisateurs et TikTok près de 6 millions de majeurs. Mohcine Benachir, directeur général de Prestige Informatique, confirme que cette économie numérique est désormais un pilier stratégique. « Selon l’étude Digital Trends Morocco 2024, le budget digital représente près de 17 % des investissements marketing des entreprises locales », souligne-t-il.

un déséquilibre fiscal à corriger

Pourtant, cette richesse numérique échappe depuis des années aux caisses de l’État. Des multinationales comme Google et Facebook, qui captent entre 60 et 70 % du marché publicitaire en ligne au Maroc, n’y paient aucun impôt, leurs sièges sociaux étant situés à l’étranger. Ce système favorise une fuite de devises, les annonceurs marocains réglant ces plateformes en monnaies étrangères sans contrepartie locale. Mounir Jazouli, ancien président du Groupement des annonceurs du Maroc (GAM), milite depuis des années pour une union des forces des éditeurs nationaux, afin de proposer des solutions technologiques compétitives et de repenser les modèles économiques.

une réforme fiscale ambitieuse et ses enjeux

Le nouveau dispositif, encadré par le décret n° 2-25-862 publié en décembre 2025, impose désormais aux fournisseurs étrangers de services numériques de s’enregistrer auprès de la DGI. Ils doivent obtenir un identifiant fiscal, déclarer trimestriellement leur chiffre d’affaires réalisé au Maroc et s’acquitter de la TVA correspondante. En adoptant cette mesure, le Maroc rejoint une trentaine de pays appliquant ces standards, alignant sa politique sur les recommandations de l’OCDE (plan BEPS) et les pratiques de l’Union européenne, comme l’explique Ouassim Driouchi, associé Télécoms et Innovation chez BearingPoint.

Au-delà des recettes fiscales estimées entre 500 millions et 1 milliard de dirhams, l’objectif principal est de corriger une asymétrie concurrentielle qui pénalisait les startups et médias locaux, soumis à une taxation dès leur premier dirham, contrairement aux géants étrangers bénéficiant d’un avantage de 20 %.

souveraineté économique et défis technologiques

Cette réforme touche aussi à la souveraineté économique et à la protection des données. Cependant, son succès dépendra de la modernisation de l’administration. Ouassim Driouchi met en garde : « L’application de la loi exige une infrastructure technologique avancée, capable de croiser en temps réel les adresses IP, les préfixes téléphoniques et les données bancaires pour localiser précisément la consommation. »

Si cette transition ouvre la voie à une administration fiscale 4.0, elle nécessitera une mobilisation constante des acteurs économiques locaux pour rééquilibrer un marché dominé par des multinationales aux ressources juridiques et financières colossales.