2 juillet 2026

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Sahel : pourquoi le divorce entre les juntes et la CPI est un danger pour les populations

Sahel : pourquoi le divorce entre les juntes et la CPI est un danger pour les populations

Les trois nations du Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont scellé leur rupture avec la Cour pénale internationale. Une décision qui, selon les autorités militaires, incarnerait un sursaut de souveraineté. Pourtant, derrière ce discours, se profile une stratégie bien plus inquiétante : celle de l’immunité totale pour les dirigeants, au mépris des droits fondamentaux.

En l’espace de quelques semaines, Bamako, Ouagadougou et Niamey ont officiellement tourné la page du Statut de Rome. Ce texte fondateur de la justice internationale devient désormais un lointain souvenir pour ces pays, où les régimes en place justifient leur retrait par une rhétorique anti-occidentale et anti-néocolonialisme. Mais cette posture cache une réalité bien plus cynique : la volonté d’échapper à toute forme de contrôle judiciaire.

Un bouclier contre toute forme de justice

La CPI incarne un rempart essentiel pour les victimes de crimes graves, là où les systèmes judiciaires locaux échouent ou refusent d’agir. En se retirant de cette institution, les juntes du Sahel s’offrent un bouclier juridique pour éviter toute inculpation, qu’il s’agisse de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocides.

Dans une région en proie à des violences extrêmes, les rapports d’ONG et d’observateurs internationaux n’ont cessé de documenter l’ampleur des exactions. Entre les attaques des groupes djihadistes et les abus commis par les forces armées et leurs alliés (comme les mercenaires russes de l’ex-groupe Wagner au Mali), les populations paient un lourd tribut. En quittant la CPI, les responsables militaires s’assurent que ni eux ni leurs hommes ne seront jamais inquiétés pour leurs actes.

La peur du juge, moteur d’un autoritarisme assumé

L’argument d’une justice sélective envers l’Afrique a longtemps circulé, mais il perd toute crédibilité face à la réalité. La CPI a en effet élargi son champ d’action, enquêtant notamment en Ukraine ou au Proche-Orient. Pourtant, les juntes du Sahel persistent à brandir ce prétexte pour justifier leur retrait.

En vérité, l’histoire montre que les États qui quittent la CPI le font presque toujours par crainte d’être jugés. Le Burundi, sous la présidence de Pierre Nkurunziza, avait ouvert la voie en 2017, alors que son régime était accusé de graves violations. Aujourd’hui, les juntes du Sahel reprennent cette tactique : répression de l’opposition, musèlement des médias, étouffement de la société civile et rejet de toute forme de transparence.

Un choix aux conséquences dramatiques pour les civils

Ce revirement au nom de la souveraineté se paie au prix fort par les populations locales. Coincées entre la terreur des groupes armés et les exactions des régimes, elles se retrouvent privées de leur dernier recours face à l’impunité. Si la CPI ne peut plus agir sur les crimes commis après le retrait de ces pays, les procédures déjà engagées restent valables. Mais c’est l’avenir qui inquiète : ces régimes envoient un message clair, celui d’une violence d’État sans limites.

L’histoire a prouvé que l’impunité ne fait qu’aggraver les crises. Elle ne protège pas les dictatures, elle ne fait que reporter leur chute, en alourdissant toujours plus la dette morale et humaine envers les peuples.