Maroc : l’autonomie du Sahara au cœur des débats onusiens
Lors d’un séminaire organisé à New York, la Mission permanente du Maroc auprès des Nations Unies a réuni des experts internationaux pour analyser les modèles d’autonomie territoriale, à l’aune de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Omar Hilale, ambassadeur du Maroc à l’ONU, a ouvert les débats en soulignant le contexte exceptionnel de cette rencontre, marquée par des avancées diplomatiques majeures sur la question du Sahara.
L’adoption de la résolution 2797, en octobre de l’année précédente, a marqué un tournant historique en consacrant le plan d’autonomie marocain comme base unique d’une solution politique négociée. Omar Hilale a rappelé que cette dynamique s’appuie sur un soutien international croissant, avec plus de 130 États membres de l’ONU favorables à cette initiative, dont trois membres permanents du Conseil de sécurité : les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.
Le diplomate a souligné les progrès concrets réalisés dans les provinces du Sud, notamment en matière d’infrastructures, d’énergies renouvelables, d’enseignement supérieur, de santé et d’investissements. Parmi les projets phares, il a cité la construction d’un data center à Dakhla et celle d’un port en eau profonde sur la façade atlantique. Pour lui, ces réalisations illustrent la dimension tangible du plan d’autonomie, bien au-delà d’un simple slogan politique.
Le thème central du séminaire, « dans une autonomie négociée, il n’y a pas de valeur si cette autonomie n’est pas garantie », a été mis en avant. L’initiative marocaine prévoit que les populations du Sahara gèrent leurs affaires locales via des institutions législatives, exécutives et judiciaires dotées de compétences propres.
Une analyse comparative des modèles d’autonomie
Marc Finaud, conseiller principal au Centre de politique de sécurité de Genève, a rappelé que l’initiative marocaine, déposée en 2007, ne vise pas à se substituer aux négociations onusiennes, mais à les éclairer par des comparaisons internationales. Il a détaillé les dispositions relatives à la participation des populations, à la consultation référendaire, au principe de subsidiarité et aux garanties constitutionnelles en matière de droits de l’Homme.
Diego Muñoz, expert en autonomie, a présenté le cas de Rapa Nui, territoire chilien marqué par un processus d’autonomie inachevé. Il a souligné l’importance de la consultation des populations, mettant en lumière les différences de contexte juridique entre cette expérience insulaire et le dossier du Sahara, traité dans un cadre onusien spécifique.
Sémir Al Wardi, professeur de science politique, a distingué l’autonomie administrative de l’autonomie politique. Il a qualifié l’initiative marocaine de « plus généreuse » que le modèle français de la Polynésie, car elle prévoit un pouvoir législatif pour la région du Sahara. Il a comparé cette approche à des modèles européens comme ceux de l’Espagne ou du Royaume-Uni.
Heikki Mattila a exposé l’expérience des îles Åland, territoire autonome de Finlande. Ce statut, encadré par la Société des Nations, repose sur des garanties fortes : protection de la langue suédoise, limitation des acquisitions foncières, compétences propres et régime fiscal autonome. Il a insisté sur la nécessité d’un partage clair des compétences et d’une souplesse institutionnelle pour permettre l’évolution du statut.
Les leçons des expériences internationales
Dagikhudo Dagiev a analysé le cas du Haut-Badakhchan au Tadjikistan, où une autonomie constitutionnelle existe, mais reste limitée en pratique par la centralisation du pouvoir. Il a souligné que cette expérience montre qu’un statut d’autonomie doit s’accompagner de garanties concrètes pour être effectif.
En conclusion, Marc Finaud a retenu plusieurs enseignements communs : l’inscription constitutionnelle du statut, l’existence d’un accord international, la définition précise des compétences, la disponibilité de ressources propres et les mécanismes de règlement des différends. Ces éléments, dans le cas marocain, renforcent la crédibilité d’une autonomie durable et adaptée aux besoins des populations du Sahara.

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