Yaoundé a été le théâtre d’une conférence de presse qui a suscité de vives réactions. Le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, Fuh Calistus Gentry, a tenté d’éteindre l’incendie allumé par les révélations sur un manque à gagner de près de 2 000 milliards de FCFA dans le secteur aurifère camerounais.
Assisté du ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, il a catégoriquement nié toute disparition d’or appartenant aux réserves de l’État. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), seulement 22 kg d’or ont été officiellement exportés par le Cameroun en 2023, contre 15 tonnes enregistrées par les douanes des Émirats arabes unis. Un écart qui laisse peu de place au doute.
Le Cameroun face à la grande évasion fiscale de l’or
La Société Nationale des Mines (Sonamines) a révélé qu’entre 2021 et 2025, près de 44 tonnes d’or ont échappé aux circuits formels. Une fraude massive à laquelle les opérateurs privés se livreraient en minimisant les volumes extraits. Fuh Calistus Gentry a annoncé des mesures d’urgence pour endiguer ce fléau : une équipe pluridisciplinaire, composée de la Sonamines, de la Direction Générale des Impôts (DGI) et de la Direction Générale des Douanes (DGD), sera déployée sur le terrain pour des contrôles inopinés.
Autre mesure phare : le recrutement d’un expert international chargé d’évaluer le potentiel réel des gisements et d’imposer une taxation minimale, indépendante des déclarations des exploitants. Une façon de briser l’opacité qui entoure ce secteur.
La réponse cinglante de Me Sikati
Le membre du bureau politique du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Me Désiré Sikati, n’a pas mâché ses mots. Dans une tribune acerbe, il a qualifié certains membres du gouvernement de « magiciens », capables de faire disparaître des quantités colossales d’or sans laisser de traces.
« CERTAINS MINISTRES CAMEROUNAIS SONT DE VRAIS MAGICIENS »
Me Sikati rappelle que, selon le Code minier camerounais, le sous-sol et l’or qui s’y trouve appartiennent à l’État. Pourtant, le ministre Fuh Calistus Gentry affirme que « l’or de l’État n’a pas disparu »… alors qu’il reste à expliquer à qui profite cet or non déclaré.
« Peut-être que le ministre considère, comme quelques esprits grégaires, que l’or du Cameroun appartient à certains particuliers plutôt qu’à la nation », a-t-il ironisé. Pour lui, cette crise révèle une véritable dérive : « Ils ne sont pas là pour le Cameroun. Ils sont là pour leurs intérêts. »
Un code minier ignoré ?
Me Sikati soulève une question cruciale : si l’or appartient à l’État, comment justifier les 44 tonnes disparues ? Fuh Calistus Gentry, nommé après la mort suspecte de son prédécesseur Gabriel Dodo Ndoke, semble jouer sur les mots. Pour l’avocat, cette affaire n’est pas une simple question de transparence, mais bien une affaire de détournement organisé.
Les réformes annoncées par le gouvernement suffiront-elles à rétablir la confiance ? L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre : l’opinion publique camerounaise attend des actes, pas des déclarations.

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