La capitale malienne submergée par l’explosion de la mendicité, un phénomène qui interroge la société
À Bamako, la mendicité a pris une telle ampleur qu’elle s’impose aujourd’hui comme une scène incontournable du paysage urbain. Cinq ans après les promesses des autorités de transition, force est de constater que les mesures déployées pour endiguer ce fléau restent largement inefficaces. Entre les talibés sous influence des maîtres coraniques, les enfants abandonnés et les adultes en situation de précarité extrême, des milliers de personnes investissent quotidiennement les carrefours, les places publiques et les abords des mosquées, malgré les campagnes de sensibilisation et les rares opérations de ramassage. Quelles sont les réactions des citoyens et des observateurs face à cette situation qui s’aggrave ? Et surtout, quelles perspectives se dessinent pour un avenir où l’État retrouverait sa légitimité sociale ?
Un échec cuisant des politiques publiques : les raisons d’un constat accablant
Le Mali, étranglé par une économie exsangue et une gouvernance défaillante, paie aujourd’hui le prix d’années de sous-investissement dans les secteurs vitaux. Les services sociaux de base sont en lambeaux : l’éducation, la santé et la protection de l’enfance souffrent d’un manque criant de moyens, laissant des familles entières dans une précarité telle qu’elles n’ont d’autre choix que de confier leurs enfants à la rue. Les écoles coraniques, souvent pointées du doigt pour leur rôle dans la mendicité forcée des talibés, évoluent dans une opacité qui favorise les abus en toute impunité.
Côté budget, les priorités restent désespérément orientées vers la sécurité et l’administration, au détriment des programmes sociaux. Les rares fonds alloués à la lutte contre la pauvreté sont systématiquement détournés, engloutis par une bureaucratie pléthorique ou spoliés par des réseaux de corruption bien rodés. Résultat : les rares tentatives de réinsertion sociale, comme les campagnes de retrait des enfants de la rue, s’effondrent faute de structures d’accueil dignes de ce nom et de suivi rigoureux.
Les talibés et les enfants des rues, victimes silencieuses d’un système à bout de souffle
Chaque jour, des centaines d’enfants talibés, souvent confiés à des maîtres coraniques peu scrupuleux, sont envoyés mendier dans les rues de Bamako. Exposés aux dangers des axes routiers, ces mineurs travaillent sous la menace et la contrainte, sans autre perspective que la survie immédiate. Quant aux enfants des rues, livrés à eux-mêmes après avoir fui la misère ou les violences familiales, ils représentent une cible privilégiée pour les réseaux criminels et les groupes armés qui sévissent dans la région. Comment en est-on arrivé là, et que révèlent ces drames sur l’état réel de la société malienne ?
Réactions sociales et pressions citoyennes : l’État malien sous le feu des critiques
Face à l’ampleur du phénomène, les réactions ne se font pas attendre. Les associations de défense des droits de l’enfant et les mouvements citoyens multiplient les appels à l’action, dénonçant l’inaction des autorités et l’hypocrisie d’un discours politique qui se contente de mesures cosmétiques. Les réseaux sociaux s’embrasent avec des témoignages poignants et des vidéos qui circulent en masse, mettant en lumière le sort des enfants et des adultes abandonnés à leur sort. Des manifestations spontanées ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Bamako, où les habitants exigent des solutions concrètes, au-delà des simples promesses électorales.
Les partenaires internationaux ne sont pas en reste : plusieurs bailleurs de fonds tirent la sonnette d’alarme, soulignant que l’absence de gouvernance sociale cohérente au Mali risque d’aggraver les crises humanitaires et sécuritaires dans tout le Sahel. L’Union européenne, par exemple, a récemment menacé de revoir ses engagements financiers si des réformes tangibles ne sont pas engagées rapidement.
Perspectives d’avenir : vers une réforme en profondeur ou un nouveau échec annoncé ?
Alors que le pays s’enfonce dans une impasse sociale, plusieurs pistes émergent pour tenter de briser ce cycle de l’échec. Les experts plaident pour une refonte complète des politiques publiques, avec un accent particulier sur :
- La régulation stricte des écoles coraniques : appliquer sans délai la loi interdisant la mendicité forcée des talibés, avec des sanctions exemplaires contre les maîtres coraniques exploiteurs.
- Un investissement massif dans l’éducation : rendre l’école publique gratuite et obligatoire, et former les enseignants pour offrir des alternatives crédibles aux familles démunies.
- Une transparence totale sur les fonds alloués : mettre fin aux détournements et aux gaspillages en renforçant les mécanismes de contrôle et en associant la société civile à la gestion des programmes sociaux.
- Une stratégie de réinsertion sociale ambitieuse : créer des centres d’accueil et de formation pour les enfants et adultes des rues, avec un accompagnement psychologique et professionnel.
Mais le plus urgent reste la volonté politique. Sans elle, tous ces efforts resteront lettre morte. Le Mali doit choisir entre poursuivre sur la voie de la facilité et du statu quo, ou enfin assumer ses responsabilités envers sa jeunesse et ses citoyens les plus vulnérables. Face à la colère grandissante des Maliennes et des Maliens, l’heure est à l’action, pas aux discours.
Le coût de l’inaction : un risque explosif pour la stabilité du pays
Les risques liés à l’échec de la lutte contre la mendicité dépassent largement le cadre social. Des dizaines de milliers de jeunes, sans éducation ni perspectives, constituent une proie idéale pour les groupes armés qui recrutent massivement dans les zones de grande précarité. Les tensions communautaires s’exacerbent, et la méfiance envers les institutions grandit, menaçant la cohésion nationale. Dans ce contexte, la mendicité n’est plus un simple problème de société, mais une bombe à retardement prête à exploser.











