9 juin 2026

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Mobile money en Côte d’Ivoire : les agents face à la pénurie de liquidités

Mobile money transfer agencies are seen on May 6, 2020 in a district of Abidjan in the Ivory Coast. (Photo by ISSOUF SANOGO / AFP)

Avec plus de 400 000 points de service dédiés au mobile money en Côte d’Ivoire, le pays dépasse de loin le nombre de distributeurs automatiques de billets. Ce réseau dense permet aux Ivoiriens d’effectuer quotidiennement des opérations essentielles : réception de salaires, retraits d’argent ou transferts. Pourtant, les agents qui animent ces cabines rencontrent un obstacle majeur : le manque chronique de liquidités, qui perturbe leur activité et fragilise la confiance des usagers.

Une cabine de mobile money dans le quartier Angré Château à Abidjan, Côte d'Ivoire.

Des retards qui coûtent cher aux agents

En fin de journée, au cœur du quartier animé d’Angré Château, une scène se répète avec une régularité frustrante : les cabines de mobile money affichent souvent complet. Rosette, venue retirer 10 000 francs CFA, résume l’ampleur du problème : « Quand on se présente, parfois il n’y a plus de liquidités disponibles. On s’adapte comme on peut, mais c’est usant. »

Nema, gérante d’une cabine jaune, explique la situation avec pragmatisme : « Les jours de forte affluence, les retraits explosent. On manque alors d’espèces, et on doit refuser les demandes… ou basculer en mode dépôt. » Une solution temporaire qui ne satisfait personne. Certains clients, lassés par ces désagréments, choisissent de se tourner vers d’autres points de service. Affoué, également gérante, souligne l’impact financier : « Chaque client perdu, c’est une commission en moins. Sans liquidités, impossible de générer un bénéfice net. »

Un impact direct sur la rentabilité des agents

Les opérateurs comme Orange, MTN, Moov ou Wave rémunèrent les agents à la transaction. Pour un transfert de 10 000 francs CFA, la commission varie entre 20 et 60 francs CFA (soit 0,03 à 0,09 euro). Plus le volume d’opérations est élevé, plus les revenus des agents augmentent. Mais dès qu’une cabine manque de liquidités, le mécanisme se bloque. Les agents doivent fermer boutique pour se réapprovisionner, perdant ainsi des clients et des revenus.

Ce manque de fonds disponibles a un effet domino. Comme le confie un agent sous couvert d’anonymat : « Quand on n’a pas de cash, on perd des clients, et sans clients, les commissions ne rentrent plus. C’est un cercle vicieux. »

Des solutions innovantes pour fluidifier les transactions

Face à cette problématique, des initiatives locales émergent. Gertrude Yapi, directrice des opérations de Leya, une start-up abidjanaise, a lancé un service de convoyage de fonds par moto. L’objectif ? Approvisionner les cabines en crédit en moins de quatre minutes, et livrer les espèces en moins de 30 minutes. « Grâce à ce système, nos clients voient leur chiffre d’affaires augmenter de 50 %. » Leya compte aujourd’hui plus de 3 000 partenaires dans quatre villes ivoiriennes : Abidjan, Bouaké, Bondoukou et Korhogo.

Pour l’économiste Kassoum Timité, cette problématique dépasse le simple cadre des agents. « Le mobile money est un levier clé pour l’économie informelle, qui représente près de 40 % du PIB ivoirien selon le FMI. Quand les liquidités manquent, les transactions ralentissent, et l’activité économique globale en pâtit. »

En 2024, les volumes échangés via mobile money en Côte d’Ivoire ont atteint plus de 140 milliards de francs CFA par jour, soit plus de 210 millions d’euros. Un chiffre quatre fois supérieur à celui de 2020, illustrant l’adoption massive de ces services. Pourtant, sans une gestion optimale des liquidités, cette croissance pourrait être freinée.