26 mai 2026

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N’Djamena face au défi du désordre urbain : au-delà de la répression, la pauvreté structurelle

Tchad

N’Djamena face au défi du désordre urbain : au-delà de la répression, la pauvreté structurelle

À N’Djamena, la lutte contre le désordre urbain révèle un défi majeur : combattre la pauvreté structurelle pour éviter une répression inefficace et temporaire.

Tchad : à N’Djamena, la lutte contre le désordre urbain est un défi face à la pauvreté

La capitale tchadienne, N’Djamena, est entrée dans une période de régulation stricte. Les autorités municipales ont clairement affiché leur détermination à appliquer une politique de tolérance zéro face au désordre urbain. Qu’il s’agisse de l’occupation anarchique des espaces publics, de la présence accrue de la mendicité ou des comportements parfois jugés inappropriés de certains agents de sécurité, l’objectif est de restaurer l’ordre et de moderniser le cadre de vie de la ville.

Cette ambition est, sur le fond, parfaitement légitime. Une métropole ne saurait prospérer durablement dans un environnement chaotique, et l’aspiration à un cadre urbain organisé est universelle. Cependant, une interrogation fondamentale s’impose : est-il réellement possible de s’attaquer efficacement au désordre sans en explorer les racines profondes ?

Derrière les manifestations visibles du désordre, souvent critiquées, se dissimule une problématique bien plus complexe et structurelle : celle de la pauvreté. À N’Djamena, à l’image de nombreuses autres capitales africaines, l’espace public ne représente pas uniquement un lieu de non-respect des règles. Pour une portion significative de la population, il incarne avant tout un ultime recours pour la survie quotidienne. Qu’il s’agisse des vendeurs ambulants, des personnes en situation de mendicité ou des jeunes confrontés au chômage, l’occupation des voies publiques relève rarement d’un choix délibéré, mais plutôt d’une impérieuse nécessité économique.

Dans un tel contexte, une approche exclusivement répressive risque fort de ne faire que déplacer le problème, sans jamais l’éradiquer. Éloigner les occupants des espaces publics sans proposer d’alternatives économiques viables, ou intensifier les contrôles sans mettre en place des politiques sociales de soutien, revient à s’attaquer aux symptômes plutôt qu’à la maladie elle-même.

L’enjeu dépasse donc largement les considérations sécuritaires ou esthétiques. Il revêt une dimension profondément sociale, économique et politique. Une véritable « modernisation » urbaine ne saurait se limiter à de simples opérations d’assainissement ou à des campagnes de régulation comportementale. Elle s’édifie également, et surtout, par la génération d’opportunités, l’intégration et l’encadrement du secteur informel, la facilitation de l’accès à l’emploi et une prise en charge effective des citoyens les plus vulnérables.

Si la politique de tolérance zéro peut, à première vue, créer l’illusion d’un retour à l’ordre, une telle stabilité, si elle est imposée sans une véritable inclusion sociale, demeure intrinsèquement précaire et passagère. Tant que la pauvreté perdurera comme un phénomène structurel, l’espace public restera, pour beaucoup, un inévitable lieu de refuge et de survie.

La question cruciale à se poser n’est peut-être pas comment éradiquer le désordre urbain, mais bien plutôt comment opérer une transformation profonde des conditions sociales qui le rendent, de facto, inéluctable.

C’est face à cette approche globale, dépassant la simple logique répressive, que la capitale tchadienne, N’Djamena, se trouve aujourd’hui confrontée.