30 juin 2026

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Niger : l’inextricable engrenage d’un conflit permanent

Alors que les régimes se succèdent et que les alliances géopolitiques se retournent, Niamey semble enfermée dans un cycle de violence et d’impuissance. De la dépendance occidentale sous Mahamadou Issoufou à la rupture souverainiste d’Abdourahamane Tiani, le constat est amer : sur le terrain, la menace jihadiste ne faiblit pas.

Trois présidences, deux transitions, un putsch : une seule réalité sanglante

Depuis plus d’une décennie, le Niger traverse une crise sécuritaire profonde. Les zones des « trois frontières » et du bassin du lac Tchad restent le théâtre d’affrontements récurrents. L’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) continuent d’y semer la terreur, malgré les changements de pouvoir à Niamey.

Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), arrivé à la faveur d’un putsch en juillet 2023, avait promis une sécurité renforcée après avoir mis fin aux partenariats occidentaux. Mais le bilan est amer : la guerre semble loin d’être gagnée.

L’ère Issoufou-Bazoum : l’illusion d’une protection extérieure

Sous la présidence de Mahamadou Issoufou (2011-2021), le Niger s’est imposé comme un pilier de la stratégie antijihadiste occidentale au Sahel. Alors que le Mali voisin s’enfonçait dans le chaos, Niamey est devenue la base arrière de l’opération Barkhane (France) et des drones américains à Agadez.

Son successeur, Mohamed Bazoum, a tenté d’humaniser cette approche :

  • Dialogue ouvert avec certains repentis.
  • Investissement massif dans les forces spéciales nigériennes.

Mais cette stratégie n’a pas empêché la persistance de la menace. Pire, la présence étrangère a attisé un ressentiment profond au sein de l’armée et de la population, qui y voyaient une atteinte à la souveraineté pour des résultats jugés décevants.

Le pari de Tiani : souveraineté contre sécurité

Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et le CNSP ont justifié leur coup d’État par « la dégradation continue de la situation sécuritaire ». S’en est suivie une rupture spectaculaire avec Paris et Washington, la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, et un rapprochement avec la Russie (via le corps Africa Corps) et la Turquie.

Sur le plan médiatique, le changement est net : le pouvoir militaire exalte la fierté nationale et promet une réponse militaire pure, libérée des « agendas cachés » occidentaux.

Une réalité de terrain implacable

Pourtant, les rapports onusiens et ceux de centres d’études stratégiques convergent : le départ des forces occidentales a créé un vide capacitaire immédiat, surtout en matière de renseignement aérien et de surveillance technologique.

Les attaques complexes se multiplient, visant des garnisons entières des Forces de défense et de sécurité (FDS) nigériennes et infligeant de lourdes pertes. Le blocus économique dans certaines zones et l’isolement diplomatique compliquent le financement logistique d’un conflit qui coûte des millions de dollars par jour.

Pourquoi l’enlisement perdure-t-il ?

L’erreur commune aux régimes successifs — qu’ils soient civils ou militaires — est d’avoir traité une crise avant tout politique et sociale par des moyens uniquement militaires. Deux visions se sont heurtées à la même impasse :

  • La doctrine Issoufou-Bazoum, qui misait sur l’intégration dans l’architecture de sécurité internationale, souffrait d’une dépendance extérieure excessive, déconnectée des aspirations populaires, rendant le discours français inaudible pour une grande partie de l’opinion nigérienne.
  • La doctrine Tiani, qui privilégie une rupture géopolitique totale et un souverainisme martial via l’AES, voit déjà ses limites : perte immédiate de renseignements de pointe, isolement financier asphyxiant, et escalade de la violence des groupes armés qui profitent de la désorganisation régionale.

Dans les deux cas, les causes profondes restent les mêmes : absence de l’État dans les zones périphériques, manque de perspectives économiques pour la jeunesse rurale, et conflits intercommunautaires (éleveurs contre agriculteurs) que les jihadistes exploitent pour recruter.

Qu’elle soit menée sous le signe de la coopération internationale ou sous les bannières du souverainisme de l’AES, la guerre au Niger ne se gagnera pas uniquement par les armes. Pour le général Tiani, le défi n’est plus de critiquer ses prédécesseurs, mais de prouver que la formule militaire actuelle peut protéger les Nigériens. Sans une réintroduction massive des services publics (écoles, justice, dispensaires) dans les zones d’insécurité, le Niger risque de perdre cette guerre sur le long terme.