30 mai 2026

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Niger : une année de répression militaire sous le coup d’état

Un an après le coup d’État au Niger : une détérioration alarmante des droits humains

Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum par la junte militaire il y a un an, le Niger fait face à une intensification brutale de la répression contre les opposants, les médias et toute forme de dissidence. Selon Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), les autorités actuelles ont instauré un climat de peur, caractérisé par des arrestations arbitraires et une restriction systématique des libertés fondamentales.

Des détentions politiques massives et des procédures judiciaires contestables

L’ancien président Mohamed Bazoum, détenu depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, reste emprisonné au palais présidentiel de Niamey sans jugement. Sa famille et plusieurs membres de son gouvernement subissent le même sort. Les trois organisations dénoncent l’absence de transparence concernant les accusations portées contre eux, notamment pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté de l’État ».

Par ailleurs, plus de 30 responsables et proches du régime déchu ont été arrêtés sans respect des droits fondamentaux. Plusieurs d’entre eux, transférés dans des prisons de haute sécurité, ont été inculpés par des tribunaux militaires malgré leur statut de civils. Quatre ont été libérés sous caution, mais tous les autres restent accusés de crimes liés à la sécurité nationale.

Une liberté de la presse en voie de disparition

La situation des médias au Niger s’est considérablement dégradée depuis juillet 2023. Samira Sabou, journaliste et blogueuse, a été arrêtée en septembre 2023 avant d’être libérée sous contrôle judiciaire après des semaines de détention secrète. Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Bazoum, a été incarcéré en mai 2024 pour « complot contre la sûreté de l’État » après avoir critiqué la junte sur les réseaux sociaux.

Les autorités ont également suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation indépendante, et modifié la loi sur la cybercriminalité pour rétablir les peines de prison dans les cas de diffamation. Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, alerte : « Ces mesures visent clairement à museler toute voix dissidente et à cibler les défenseurs des droits humains. »

L’opacité des dépenses militaires : un paradoxe alarmant

Malgré les promesses de lutte contre la corruption, le général Abdourahamane Tiani a signé en février 2024 un décret exemptant les dépenses militaires de tout contrôle public. Cette décision, qui exclut les acquisitions d’équipements pour les forces de sécurité de la législation sur les marchés publics, renforce l’opacité et limite la redevabilité des autorités. Ilaria Allegrozzi, chercheuse à Human Rights Watch, souligne : « La transparence des budgets militaires est essentielle pour prévenir les abus et garantir l’État de droit. »

Violations des droits humains et isolement international

En réponse au putsch, la CEDEAO avait imposé des sanctions économiques contre le Niger avant de les lever en février 2024. Le 24 avril, le pays a annoncé son retrait définitif de l’organisation. L’Union africaine avait également suspendu le Niger de ses instances en août 2023. Ces mesures reflètent l’isolement croissant du régime militaire sur la scène internationale.

Les organisations internationales rappellent que le Niger a ratifié la Charte africaine des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantissent la liberté d’expression et d’opinion. Pourtant, les autorités nigériennes continuent d’enfreindre ces principes fondamentaux.

Appel urgent à la libération des détenus politiques

Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest, exige : « Les autorités militaires doivent libérer immédiatement Mohamed Bazoum et tous les détenus politiques. Elles doivent respecter les droits à un procès équitable et mettre fin aux arrestations arbitraires. »

Un an après le coup d’État, le Niger sombre dans une crise des droits humains, où l’impunité et l’autoritarisme prennent le pas sur la démocratie. La communauté internationale reste en alerte, tandis que les citoyens nigériens subissent les conséquences d’un régime de plus en plus répressif.