28 avril 2026

Kémi Séba, influenceur panafricain : un acteur clé des tensions franco-russes ?

En Afrique francophone, Kémi Séba incarne une figure médiatique incontournable. Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook, des vidéos virales sur YouTube et des meetings qui attirent des milliers de personnes, ce militant panafricaniste béninois s’impose comme une star des réseaux sociaux. Récemment, son profil a été marqué par un événement majeur : la perte de sa nationalité française, officialisée par un décret publié au Journal officiel en juillet 2024.

Ses prises de position virulentes contre l’Occident, notamment la Françafrique et le franc CFA — qu’il qualifie de « monnaie coloniale » —, lui ont valu une condamnation pour incitation à la haine raciale. Pourtant, Kémi Séba se présente comme un révolutionnaire africain du XXIe siècle, défendant une vision radicale de l’indépendance du continent. Son message sur X (ex-Twitter) résume son état d’esprit : *« Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau. »*

Un relais des influences russes en Afrique

Derrière cette notoriété se cache une relation trouble avec Moscou. Selon Jeune Afrique, qui a enquêté sur ses liens en 2023, Evgueni Prigojine, fondateur du groupe Wagner (décédé en août 2023), aurait directement financé et soutenu des actions de Kémi Séba. Ce dernier est devenu une pièce maîtresse d’une stratégie russe visant à étendre son influence en Afrique francophone, où il milite activement pour le rapprochement avec Moscou.

Avec son ONG Urgence Panafricaines, il multiplie les conférences internationales, du Brésil à l’Iran, en passant par la Russie et le Venezuela. Ses interventions font salle comble, et il a même été invité au sommet Russie-Afrique organisé à Saint-Pétersbourg par Vladimir Poutine.

Un rôle controversé dans les crises africaines

En France, Kémi Séba est régulièrement pointé du doigt pour son rôle présumé de relais de la propagande russe. En 2023, le président de la commission Défense de l’Assemblée nationale l’a accusé de servir « une puissance étrangère qui alimente le sentiment anti-français ». Ses soutiens aux coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso — où il célèbre chaque rupture avec Paris — renforcent cette image. *« D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement »*, déclarait-il récemment.

Ancien leader de la Tribu Ka, un groupe suprématiste noir dissous en 2006 pour apologie de la haine, Kémi Séba continue de polariser l’opinion. Entre activisme panafricain et allégeance présumée à la Russie, son parcours soulève des questions sur l’avenir des relations entre l’Afrique et les puissances étrangères.