15 juillet 2026

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Nouvelles nominations judiciaires au Sénégal : les coulisses d’une stratégie politique controversée

Les récents remaniements au sein des institutions judiciaires sénégalaises ont déclenché une onde de choc dans le paysage politique national. Les choix opérés par le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, pour les postes clés du Conseil constitutionnel et de la Cour d’Appel de Saint-Louis alimentent les spéculations sur leurs motivations profondes. Pour le politologue Mamadou Wane, ces nominations s’inscrivent dans une manœuvre à peine voilée visant à marginaliser durablement la figure montante d’Ousmane Sonko, potentiel candidat à l’élection présidentielle de 2029.

Ousmane Sonko lors d'une allocution publique

Selon l’analyste politique, ces décisions stratégiques pourraient s’analyser comme une tentative de réhabilitation des anciens réseaux du pouvoir, tout en fragilisant les opposants majeurs. « Le Président Faye semble vouloir ressusciter les mécanismes d’un système qu’il prétendait justement combattre », confie Mamadou Wane, surnommé « Mao ». Ce dernier souligne l’ironie d’une politique qui, en s’appuyant sur des magistrats au passé controversé, prend le risque de saper la crédibilité même des institutions qu’elle prétend renforcer.

Un duo de magistrats au passé conflictuel

Parmi les nominations les plus remarquées figure celle d’Ousmane Diagne, désormais à la tête du Conseil constitutionnel. Ce dernier, ancien ministre de la Justice, avait été accusé de lenteur dans la gestion des dossiers sensibles, notamment ceux liés aux crimes politiques commis entre 2012 et 2024. Son parcours soulève des interrogations sur son impartialité future, alors que le PASTEF, parti d’Ousmane Sonko, dénonce depuis des années un traitement judiciaire à géométrie variable.

L’autre nomination clé concerne Serigne Bassirou Guèye, promu avocat général à la Cour d’Appel de Saint-Louis. Ce magistrat est directement mis en cause par Ousmane Sonko pour avoir, selon lui, manipulé des preuves judiciaires dans l’affaire du complot et du viol qui l’a visé. « Falsifier un rapport d’enquête pour servir des intérêts politiques devrait interdire à quiconque d’exercer une fonction judiciaire », dénonce Mamadou Wane, qui juge cette situation « intolérable pour l’État de droit ».

La résistance du peuple sénégalais face aux manœuvres politiques

Malgré ces remaniements, le politologue reste convaincu que ces stratégies sont vouées à l’échec. « Le peuple sénégalais a déjà démontré sa capacité à faire reculer les régimes autoritaires, et cette fois ne sera pas différente », assure-t-il. Il rappelle que la mobilisation populaire entre 2021 et 2024, marquée par trois années de lutte ininterrompue, a forgé une conscience collective inébranlable. « La jeunesse sénégalaise, en particulier, a acquis une maturité politique qui rend toute tentative d’exclusion prématurée et risquée », explique-t-il.

Pour étayer son propos, il cite l’engouement sans précédent autour de la vente des cartes du PASTEF, signe tangible de la vitalité d’un parti qui s’impose comme la principale force d’opposition organisée. « Le PASTEF n’est pas seulement un parti, c’est un mouvement social structuré, capable de mobiliser des millions de citoyens », souligne-t-il. Cette dynamique, selon lui, dépasse largement les calculs politiques à court terme et reflète une volonté collective de changement profond.

Entre révisionnisme et souveraineté : un clivage politique irréconciliable

Mamadou Wane qualifie les nominations judiciaires de « révisionnisme politique », une tentative de revenir à un ordre qu’il juge « néocolonial ». Il oppose cette vision à celle portée par le mouvement souverainiste, incarné notamment par Ousmane Sonko. « Deux Sénégal s’affrontent aujourd’hui : celui qui cherche à restaurer les privilèges d’une élite déconnectée, et celui qui exige justice, transparence et souveraineté », analyse-t-il.

Le politologue met en garde le pouvoir en place : « Vouloir éliminer Ousmane Sonko par des moyens détournés relève de la myopie politique. Le peuple sénégalais ne tolérera plus les manipulations institutionnelles. Les leçons des alternances de 2000 et de 2012, ainsi que les trois années de résistance entre 2021 et 2024, ont marqué l’histoire de manière indélébile. Personne ne pourra effacer cette mémoire collective. »