28 août 2026

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Parlement de l’AES : une institution sans légitimité populaire ?

À Niamey, trois pays du Sahel ont franchi un cap symbolique majeur en installant leur propre Parlement. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont posé les bases d’une Confédération en gestation. Quarante-cinq députés, quinze par État, composent désormais cette assemblée chargée de façonner l’avenir régional. Dans un élan d’enthousiasme officiel, les institutions communes sont présentées comme l’expression d’une souveraineté renouvelée et d’une intégration sahélienne renforcée.

Une architecture institutionnelle copiée sur la CEDEAO

Le paradoxe est frappant : après avoir critiqué la CEDEAO pour son manque de représentativité et son éloignement des peuples, l’AES en reproduit pourtant les structures. Une organisation confédérale, des organes politiques communs et désormais un Parlement régional. La différence ? L’échelle : 45 sièges contre 115 pour la CEDEAO. Mais le principe reste identique : une assemblée chargée de traiter des enjeux collectifs.

Là où la CEDEAO mise sur l’élection de ses parlementaires au suffrage universel direct, l’AES opte pour une désignation interne. Une nuance de taille, qui interroge sur la légitimité réelle de cette institution.

Des juntes militaires aux commandes

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont dirigés par des régimes issus de coups d’État. Les transitions promises comme temporaires se sont prolongées, tandis que les élections restent reportées sine die. Au Burkina Faso, les autorités militaires ont même explicitement rejeté l’idée de démocratie, jugée inadaptée au contexte local. Les partis politiques y ont été dissous, et l’espace politique s’est réduit comme peau de chagrin.

Au Mali, la junte a maintenu son emprise sur les institutions après les putschs de 2020 et 2021, repoussant les échéances électorales. Comment, dans ces conditions, un Parlement confédéral peut-il prétendre représenter les aspirations citoyennes ?

Une démocratie de façade ?

L’enjeu n’est pas de nier le droit des peuples sahéliens à l’intégration régionale, mais de s’interroger sur la représentativité d’une institution dont les membres ne sont pas choisis par la population. Des sièges, des commissions, un règlement intérieur… mais une légitimité politique qui échappe au suffrage universel. Une démocratie de façade, où les citoyens n’ont pas voix au chapitre.

La souveraineté, telle que promue par les autorités de l’AES, ne se limite pas à l’indépendance vis-à-vis des puissances étrangères. Elle devrait aussi garantir la liberté des citoyens face à leur propre État. Or, dans les trois pays membres, les libertés publiques sont restreintes : interdiction des partis, répression des médias, marginalisation de l’opposition.

L’urgence des besoins concrets

Les populations sahéliennes subissent au quotidien l’insécurité, la pauvreté, les déplacements forcés et l’effondrement des services publics. Un Parlement, aussi ambitieux soit-il, ne résoudra pas ces crises. Une commission confédérale ne remplacera pas une école en ruine. Un règlement intérieur ne soignera pas les malades dans des zones médicales abandonnées.

L’intégration régionale doit d’abord servir les citoyens, et non l’inverse. Pourquoi ne pas instaurer un Parlement élu directement ? Pourquoi ne pas constitutionnaliser le multipartisme, la liberté de la presse et l’indépendance de la justice ? L’AES a l’opportunité de faire mieux que la CEDEAO… mais le risque est grand de reproduire ses faiblesses.

Le Togo, un acteur à surveiller

Bien que non membre de l’AES, le Togo observe avec attention la recomposition politique régionale. Depuis 2024, le pays a basculé vers un régime parlementaire où le président du Conseil des ministres concentre l’essentiel du pouvoir exécutif. Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, a transformé cette réforme en outil de pérennisation de son règne.

Les manifestations réprimées, les restrictions des réseaux sociaux et l’arrestation de journalistes étrangers ont jeté une lumière crue sur le bilan démocratique togolais. En juillet 2026, des citoyens réclamaient toujours le retour à l’ancienne Constitution, dénonçant une concentration du pouvoir aux mains d’un seul homme. L’AES et le Togo partagent-ils une vision commune de la gouvernance ?

L’AES peut encore choisir sa voie

L’installation du Parlement de l’AES marque une étape historique. Mais l’Histoire retient moins les cérémonies que les actes. Une institution ne fait pas une démocratie. Des députés désignés ne font pas une représentation authentique. Et invoquer le peuple ne suffit pas à gouverner en son nom sans son consentement.

L’AES a le choix : construire une Confédération fondée sur la souveraineté populaire, la liberté politique et la responsabilité des dirigeants… ou devenir le paravent institutionnel d’une consolidation du pouvoir militaire. Le véritable test ne sera pas celui des discours, mais celui de la réalité vécue par les citoyens.

Car la véritable souveraineté ne se décrète pas. Elle se conquiert chaque jour par le respect des droits, la transparence et l’alternance pacifique au pouvoir.