Pour de nombreux habitants de Ouagadougou, l’acte de partager une bière entre amis après une journée de travail est devenu un véritable défi. Depuis plusieurs mois, les rayons se vident rapidement, les stocks se raréfient et les prix ne cessent de croître. Cette situation alimente le mécontentement des consommateurs et fragilise l’ensemble de la chaîne économique du secteur.
Dans un maquis de la capitale burkinabè, Emmanuel Somda retrouve ses amis pour un moment de détente, mais l’ambiance a changé. Sa bière favorite, la Brakina, est désormais difficile à obtenir.
« Quand il n’y a pas la Brakina, je prends la Sobbra. Mais aujourd’hui, même la Sobbra manque souvent. Avant, on payait une bière entre 600 et 650 francs CFA. Maintenant, certaines bouteilles atteignent 750 francs CFA », déplore-t-il.
Ce témoignage illustre une réalité observable dans plusieurs quartiers de Ouagadougou. La rareté de la bière touche aussi bien les consommateurs que les commerçants. Pour de nombreux Burkinabè, cette hausse des prix s’ajoute à un contexte déjà marqué par l’augmentation du coût de la vie, la pression sur le pouvoir d’achat et les difficultés économiques liées à l’insécurité persistante dans certaines régions du pays.
Des établissements en difficulté
Les premiers à subir les conséquences de cette situation sont les tenanciers de maquis et de débits de boissons. Les ventes diminuent, les clients se plaignent et certains établissements voient leur fréquentation reculer.
Nathalie Zongo, gérante d’un débit de boissons, constate une baisse sensible de son activité :
« Aujourd’hui, obtenir de la bière est devenu un véritable casse-tête. La Castel que nous vendions à 900 francs CFA est désormais proposée à 1 000 francs. La Sobbra est passée de 600 à parfois 750 francs CFA. Les clients protestent, certains repartent sans consommer. »
Au-delà des chiffres, cette pénurie affecte directement les revenus des petits commerçants. Dans un pays où les maquis représentent une source importante d’emplois et d’activités économiques informelles, la baisse des ventes se traduit immédiatement par une réduction des bénéfices et une fragilisation des acteurs du secteur.
Tensions dans la distribution
La situation est également source de tensions entre les exploitants de maquis et les distributeurs. Les quantités livrées sont largement inférieures aux besoins habituels.
Selon plusieurs professionnels du secteur, certains établissements qui recevaient auparavant une quinzaine de caisses par jour peinent désormais à en obtenir quatre ou cinq. Les caves et dépôts rationnent les stocks disponibles afin de servir un maximum de clients.
« Chaque matin, nous distribuons une ou deux caisses par établissement. Les gérants reviennent le lendemain dans l’espoir d’obtenir davantage. Les discussions sont souvent tendues et les incompréhensions se multiplient », confie le responsable d’une importante cave de la capitale.
Cette situation crée un déséquilibre classique entre une offre insuffisante et une demande qui continue de croître. Dans ce contexte, les prix augmentent mécaniquement, même lorsque les producteurs affirment ne pas avoir officiellement modifié leurs tarifs.
Brakina réfute une baisse de production
Face aux nombreuses interrogations, la Brakina est finalement sortie de son silence. Dans un communiqué publié le 23 juin, le principal brasseur du Burkina Faso a démenti toute baisse de sa production.
L’entreprise explique que les difficultés observées sur le marché seraient principalement liées à une forte augmentation de la demande enregistrée depuis le début de l’année. Elle affirme par ailleurs n’avoir procédé à aucune hausse officielle de ses prix de vente.
Cette explication peine toutefois à convaincre une partie des consommateurs. En effet, quelle qu’en soit la cause, la réalité sur le terrain demeure la même : les stocks sont insuffisants et les prix pratiqués dans les points de vente ont nettement augmenté.
Plusieurs observateurs soulignent que lorsqu’une demande progresse plus rapidement que les capacités de production et de distribution, les pénuries deviennent inévitables. Le phénomène est encore plus visible lorsqu’un acteur dominant du marché, comme la Brakina, concentre une part importante de la consommation nationale.
Des perspectives à moyen terme
La société a annoncé des investissements destinés à accroître ses capacités de production. Toutefois, elle précise que les effets de ces mesures ne seront perceptibles que dans les années à venir.
En attendant, les consommateurs devront composer avec des rayons irrégulièrement approvisionnés et des prix qui continuent de grimper. Cette pénurie met en lumière les limites actuelles de l’appareil de production face à une demande croissante, mais aussi la vulnérabilité d’un secteur dont dépendent des milliers de commerçants et de travailleurs.
Pour l’heure, à Ouagadougou, trouver sa marque de bière préférée est devenu un luxe. Et tant que l’équilibre entre l’offre et la demande ne sera pas rétabli, la pression sur les prix risque de perdurer au détriment du consommateur final.

Plus d'histoires
Sahel : la cherté de la vie imposée par le souverainisme
Diplomatie : Nouakchott sollicite Yaoundé pour Coumba Bâ à l’OIF
Face-à-face à l’Assemblée : Sonko et Niang au cœur des échanges