16 mai 2026

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Politique ivoirienne : pourquoi on ne peut plus critiquer Ouattara pour son maintien ?

Le retour de Laurent Gbagbo relance le débat sur la retraite des figures politiques en Côte d’Ivoire

Le premier congrès ordinaire du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), organisé les 14 et 15 mai 2026 à Abidjan, a marqué un tournant inattendu dans le paysage politique ivoirien. Sous les applaudissements nourris des militants, Laurent Gbagbo a accepté de poursuivre son engagement à la tête du parti, mettant fin aux spéculations sur un retrait définitif. Pourtant, quelques mois plus tôt, l’ancien président avait clairement évoqué son intention de laisser la place à une nouvelle génération politique.

Dans une déclaration remarquée, l’avocat Ange Rodrigue Dadjé a estimé que le temps était venu de cesser toute critique envers Alassane Ouattara pour son maintien en politique. « On ne doit plus reprocher au Président Ouattara d’avoir décidé de rester en politique alors qu’il avait annoncé vouloir prendre sa retraite », a-t-il souligné lors d’une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux.

Un revirement politique qui interroge

L’acceptation de Laurent Gbagbo de continuer le combat politique après avoir évoqué son retrait soulève une question cruciale : les figures historiques de la Côte d’Ivoire peuvent-elles vraiment quitter la scène tant que leurs partisans réclament leur leadership ? En octobre 2025, l’ancien chef de l’État avait pourtant affirmé dans un entretien : « Il n’y a pas de retraite en politique, mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques, à l’intérieur de mon parti comme dans l’État ». À 81 ans, après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale en 2021, beaucoup pensaient que le flambeau serait transmis à une nouvelle génération.

Or, le congrès du PPA-CI a choisi une autre voie. « Je reste pour le combat », a lancé Laurent Gbagbo, sous les ovations des congressistes. Cette décision, qui relance les débats sur le maintien des leaders historiques, rappelle étrangement la situation d’Alassane Ouattara en 2020. À l’époque, le président ivoirien avait suscité une polémique en se représentant pour un troisième mandat, alors qu’il avait évoqué son intention de passer la main. L’opposition, dont le PPA-CI, avait dénoncé un revirement contraire à ses engagements initiaux.

Un contexte marqué par les défis nationaux

En juillet 2025, Alassane Ouattara, alors âgé de 83 ans, avait justifié sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025 par la nécessité d’assurer la stabilité du pays. « Cette décision, mûrement réfléchie, est un devoir », avait-il déclaré, affirmant agir « dans l’intérêt supérieur de la Nation ». Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires et économiques, le président ivoirien a choisi de prolonger son engagement, malgré les critiques de l’opposition.

Pour Ange Rodrigue Dadjé, la reconduction de Laurent Gbagbo à la tête du PPA-CI illustre une réalité politique incontournable : les engagements initiaux des dirigeants sont souvent rattrapés par les réalités du terrain. Les militants et les enjeux partisans finissent par primer sur les promesses de retraite, qu’elles émanent de l’opposition ou de la majorité.

La Côte d’Ivoire face à ses figures historiques

Cette séquence politique ravive un débat récurrent en Côte d’Ivoire : jusqu’où les grandes figures historiques peuvent-elles s’éloigner de la vie politique tant que leurs soutiens continuent de les réclamer ? Le retour de Laurent Gbagbo au premier plan, comme celui d’Alassane Ouattara, montre que le jeu politique ivoirien reste largement influencé par ces personnalités emblématiques. Leurs décisions, même tardives, redéfinissent les équilibres partisans et les attentes de l’électorat.

Dans les états-majors politiques comme dans l’opinion publique, une certitude s’impose : en Côte d’Ivoire, la politique ne connaît pas de retraite définitive. Les engagements de retrait sont souvent temporaires, et les réalités du pouvoir finissent par imposer leur loi.