La spirale négative se poursuit pour le football transalpin. À l’instar des éditions 2018 et 2022, l’Italie ne participera pas à la prochaine grande fête du football mondial. Suite à sa défaite aux tirs au but contre la Bosnie-Herzégovine lors de la finale des barrages européens, la Nazionale se retrouve une nouvelle fois sur la touche. Pour Johann Crochet, spécialiste reconnu du football italien, ce fiasco n’est pas le fruit du hasard mais la conséquence d’un immobilisme chronique.
Un manque flagrant de vision et de réformes
Interrogé sur son état d’esprit avant la rencontre décisive, Johann Crochet confie son pessimisme initial. Selon lui, le pays n’a tiré aucune leçon des désillusions passées. Le constat est amer : une génération entière d’adolescents en Italie n’a jamais vu son équipe nationale disputer un match de Coupe du monde. Malgré cette situation dramatique, les instances dirigeantes, de la fédération au ministère des Sports, semblent figées.
Le quotidien La Repubblica a d’ailleurs souligné que ce n’est pas seulement l’échec d’une stratégie, mais bien l’absence totale de projet. Contrairement à l’Allemagne ou à l’Espagne, qui ont su se remettre en question lors de crises majeures, l’Italie reste enfermée dans un conservatisme tactique et structurel datant des années 1990.
« En Italie, rien ne bouge, rien ne change, on ne voit pas ce qui se fait ailleurs, on ne regarde pas ce qui se fait même dans des plus petits pays. »
Johann Crochet, spécialiste du football italien
L’expert prend l’exemple des confrontations contre la Norvège, où les Italiens ont semblé découvrir avec stupeur les méthodes de travail modernes des centres de formation nordiques. Cette déconnexion avec l’actualité du football mondial illustre un besoin urgent d’éveil citoyen sportif pour exiger des comptes aux décideurs.
Le paradoxe de la formation italienne
Si certains pointent du doigt la qualité des joueurs, Johann Crochet propose une analyse différente. Le talent existe toujours, comme en témoigne l’intérêt des grands clubs européens (Bayern Munich, Borussia Dortmund, Barça) qui viennent recruter de jeunes pépites dans des clubs comme Pescara, l’Atalanta ou Sassuolo. Le véritable problème réside dans l’absence de passerelle entre la formation et l’élite.
Ce blocage reflète une problématique sociale plus large en Italie, où la jeunesse peine à s’insérer dans le monde professionnel. Dans le football, on privilégie systématiquement l’expérience au détriment du renouveau. Ce système pousse les meilleurs techniciens italiens à l’exil. Pourquoi des entraîneurs comme Roberto De Zerbi ou Francesco Faioli s’illustrent-ils à Marseille, Tottenham, à l’Ajax ou à Porto plutôt que dans leur propre championnat ? Le manque de confiance des dirigeants envers la nouvelle garde est flagrant.
Un changement de modèle culturel
Autrefois locomotive du sport national, le football italien perd de sa superbe au profit d’autres disciplines. Aujourd’hui, la presse sportive, à l’image de La Gazzetta dello Sport, incite les footballeurs à s’inspirer de la réussite du tennisman Jannik Sinner ou du pilote Kimi Antonelli.
L’accessibilité du sport joue également un rôle clé. Dans certaines régions, pratiquer le tennis est devenu plus abordable que de s’inscrire dans un club de football, un comble pour ce qui était autrefois le sport populaire par excellence. Cette crise multidimensionnelle nécessite un véritable journalisme indépendant pour décrypter les enjeux de pouvoir qui freinent le changement, une démarche qui rappelle l’importance de l’analyse critique que l’on retrouve parfois dans l’actualité Burkina Faso ou la politique burkinabè pour débloquer des situations complexes.

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