5 août 2026

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Querelle politique au Maroc : pjd et al adl wal ihsane s’affrontent sur les élections

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement marocain, lors d'un discours en juin 2026.

Le Parti de la justice et du développement et Al Adl Wal Ihsane s’opposent violemment sur la pertinence des scrutins électoraux au Maroc

Le paysage politique marocain connaît une nouvelle escalade de tensions entre deux forces majeures : le Parti de la justice et du développement (PJD), formation islamiste modérée, et le mouvement Al Adl Wal Ihsane, souvent perçu comme plus radical. Les désaccords portent principalement sur l’utilité même des élections dans le système en place. Une opposition qui révèle des fractures profondes au sein de la société civile et des institutions.

Un désaccord historique qui resurgit

Les relations entre le PJD et Al Adl Wal Ihsane ne datent pas d’hier. Depuis des années, ces deux entités se livrent une bataille idéologique et politique, chacune défendant une vision distincte de l’islam politique et de son rôle dans la gestion des affaires publiques. Le PJD, dirigé par Abdelilah Benkirane, mise sur une approche pragmatique et institutionnelle, tandis qu’Al Adl Wal Ihsane, dirigé par des figures comme Abdessalam Yassine puis son successeur, prône une rupture avec le système en place, y compris les mécanismes électoraux traditionnels.

Récemment, les déclarations publiques ont pris un ton plus vif. Le secrétaire général du PJD a réaffirmé l’importance des élections comme outil de légitimité démocratique, soulignant que « le scrutin reste le moyen le plus efficace pour traduire la volonté populaire en décisions concrètes ». En face, les partisans d’Al Adl Wal Ihsane rétorquent que les élections, sous leur forme actuelle, ne sont qu’un leurre destiné à légitimer un pouvoir déjà établi, sans réel impact sur les réformes structurelles.

Les arguments des deux camps en confrontation

Le PJD : les élections, pilier de la démocratie participative

Pour le PJD, les élections représentent un levier essentiel pour ancrer la démocratie dans le paysage politique marocain. « Sans participation électorale, comment garantir la représentativité des citoyens ? », s’interroge un cadre du parti. Le mouvement insiste sur le fait que les urnes permettent une alternance pacifique au pouvoir, tout en offrant une tribune pour les idées islamistes modérées. Les résultats obtenus lors des précédents scrutins, où le PJD a remporté plusieurs sièges au Parlement, sont brandis comme preuve de la validité de cette approche.

Les partisans du parti mettent en avant des progrès tangibles : augmentation de la participation féminine, intégration de jeunes candidats, et promotion de réformes sociales inspirées par les valeurs islamiques. Pour eux, boycotter les élections équivaudrait à abandonner le terrain aux élites traditionnelles, sans offrir d’alternative crédible.

Al Adl Wal Ihsane : un système à déconstruire

Du côté d’Al Adl Wal Ihsane, le rejet des élections s’inscrit dans une critique plus large du système politique marocain. « Les élections au Maroc sont un instrument de contrôle, pas de changement », déclare un responsable du mouvement. Selon ses membres, le Makhzen (pouvoir monarchique) manipule les règles du jeu pour maintenir son emprise, rendant toute participation électorale illusoire. Le mouvement appelle donc à une mobilisation populaire directe, en dehors des cadres institutionnels, pour exiger des réformes profondes.

Les figures du mouvement rappellent que leur fondateur, Abdessalam Yassine, avait toujours refusé de participer aux scrutins, les qualifiant de « simulacre de démocratie ». Aujourd’hui, ses héritiers maintiennent cette ligne, estimant que seule une révolution citoyenne peut transformer la société marocaine. Les réseaux sociaux et les rassemblements de rue sont devenus leurs principaux outils de contestation.

Un impact sur la société civile et les jeunes

Cette divergence de vues entre les deux mouvements a des répercussions sur l’ensemble de la société marocaine, particulièrement auprès des jeunes générations. D’un côté, certains jeunes militants, séduits par l’idéologie du PJD, s’engagent dans des campagnes électorales ou militent pour des listes locales. De l’autre, des activistes, plus radicaux, rejoignent les rangs d’Al Adl Wal Ihsane ou d’autres groupes prônant l’action directe.

Les universitaires et analystes politiques soulignent que cette polarisation reflète une crise de confiance envers les institutions. « Les Marocains sont tiraillés entre l’espoir d’un changement par les urnes et la désillusion face à un système qui semble immuable », explique un politologue de Rabat. Les réseaux sociaux amplifient ces débats, avec des hashtags comme #PourOuContreLesÉlections ou #MakhzenVsCitoyens qui font rage.

Les observateurs notent également une montée des tensions lors des meetings politiques, où les deux camps s’affrontent parfois verbalement. La police intervient régulièrement pour éviter les débordements, signe que les autorités craignent une radicalisation des positions.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Dans ce contexte tendu, la question se pose : le Maroc peut-il échapper à cette confrontation stérile ? Certains observateurs estiment que le dialogue entre les deux mouvements est indispensable pour éviter une radicalisation accrue. « Une troisième voie est possible », affirme un ancien ministre de l’Intérieur. « Il faudrait repenser les règles du jeu démocratique pour les rendre plus inclusives et transparentes ».

Cependant, les chances d’un rapprochement semblent minces. Le PJD, bien qu’affaibli après des années de pouvoir, reste un acteur clé de la vie politique. Quant à Al Adl Wal Ihsane, son refus catégorique de toute participation électorale le place en marge des institutions, tout en lui conférant une image de mouvement intransigeant et authentique aux yeux de ses sympathisants.

Une chose est sûre : la bataille idéologique entre ces deux forces continuera de structurer le débat politique marocain dans les années à venir. Et avec elle, le sort des Marocains, partagés entre l’espoir d’une démocratie apaisée et la tentation de la rupture radicale.