Alors que le débat sur une éventuelle réforme de la Constitution continue de polariser la classe politique et la société civile en République démocratique du Congo, la question a été soulevée ce lundi 29 juin 2026 à Genève, lors d’un dialogue interactif organisé dans le cadre de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. La mise à jour officielle de la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a été présentée à cette occasion.
Prenant la parole au nom du Haut-Commissaire Volker Türk, Abdoul Aziz Thioye, directeur adjoint de la Division des opérations mondiales au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, a exprimé ses préoccupations face au rétrécissement de l’espace civique et politique en RDC. Il a particulièrement évoqué les manifestations de l’opposition à Kinshasa contre toute tentative de modification de la Loi fondamentale.
Connaissant bien la RDC pour avoir dirigé le Bureau conjoint des droits de l’homme (BCNUDH) pendant plusieurs années, Abdoul Aziz Thioye a souligné qu’une révision constitutionnelle ne peut se faire sans une large adhésion nationale, sous peine de fragiliser la cohésion sociale.
« Tout processus de réforme constitutionnelle doit reposer sur un consensus national et respecter les engagements du pays en matière de droits humains. Toutes les voix doivent être entendues et prises en compte, faute de quoi la cohésion sociale pourrait subir de graves conséquences », a-t-il averti.
Abordant un autre volet, l’ancien chef du BCNUDH a mis en avant l’appui des Nations Unies dans la lutte contre l’impunité en RDC, malgré des difficultés budgétaires et une réduction des effectifs.
Il a précisé que cet accompagnement a permis la condamnation de 109 personnes. Il a également mentionné le soutien apporté à 150 défenseurs des droits humains, journalistes et membres de leurs familles.
« Depuis notre dernière mise à jour au Conseil, nous avons soutenu les autorités dans l’organisation de trois enquêtes judiciaires portant sur des violations graves des droits humains, ainsi que cinq audiences foraines. Ces procédures ont abouti à la condamnation de 109 personnes. Nous avons également apporté notre soutien à 150 défenseurs des droits de l’homme et journalistes, ou à des membres de leurs familles, notamment par un accompagnement psychologique, juridique, une aide financière et des mesures de relocalisation », a expliqué Abdoul Aziz Thioye.
En RDC, le débat constitutionnel a donné naissance à deux camps distincts : la Coalition Article 64 pour la Défense de l’Ordre Constitutionnel (C64), opposée à toute révision, et la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4), qui prône une modification. Chacune affirme bénéficier d’un large soutien populaire.
Ce débat se déroule dans un contexte sécuritaire tendu à l’Est, marqué par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, notamment la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, qui contrôle de vastes zones dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. S’ajoutent les violences des ADF et la stagnation des initiatives diplomatiques, dont les résultats concrets peinent à se concrétiser sur le terrain.

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