26 mai 2026

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Romuald Wadagni prend les rênes du Bénin : entre héritage économique et ouverture diplomatique

Un nouveau président pour un mandat de sept ans

Ce dimanche 24 mai, Romuald Wadagni a officiellement pris ses fonctions de président du Bénin lors d’une cérémonie solennelle au Palais des Congrès de Cotonou. À 49 ans, cet ancien ministre de l’Économie et des Finances succède à Patrice Talon, qui ne pouvait se représenter après deux mandats. Élu avec un score de 94 % des suffrages, il entame un septennat dans un contexte politique marqué par l’absence de la principale force d’opposition lors du scrutin.

Cérémonie d’investiture de Romuald Wadagni au Bénin

La continuité économique comme feuille de route

Le parcours de Romuald Wadagni s’inscrit dans la droite ligne de son prédécesseur. Technocrate originaire de Lokossa, il a passé dix-sept années au sein du cabinet Deloitte avant de prendre la tête du ministère des Finances en avril 2016. À ce poste, il a été l’architecte de la stratégie financière du pays, réussissant plusieurs levées de fonds sur les marchés internationaux et préservant la notation souveraine du Bénin.

Son élection le 12 avril 2026 s’est jouée dès le premier tour. Il faisait face à un unique adversaire, Paul Hounkpè, du parti des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE). Les résultats, validés par la Cour constitutionnelle, lui attribuent plus de 94 % des voix. Conformément à la révision constitutionnelle de 2019, il formait un ticket avec sa vice-présidente, Mariam Chabi Talata. La durée du mandat présidentiel a également été modifiée, passant de cinq à sept ans suite à une révision adoptée en 2025, ce qui redessine entièrement le calendrier électoral national.

Une investiture millimétrée dans un climat politique tendu

La cérémonie d’investiture s’est déroulée selon un protocole rigoureux, en présence de plus de 6 000 invités. Après un entretien au Palais de la Marina, Patrice Talon a transmis les attributs du pouvoir à son successeur. La Cour constitutionnelle a ensuite procédé à l’audience solennelle de prestation de serment. Plusieurs anciens chefs d’État, comme Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi, étaient présents et ont été salués par le nouveau président. Si l’organisation a été saluée pour sa fluidité, elle ne saurait masquer un paysage politique où la compétition a été fortement limitée.

Un scrutin sans véritable concurrence

La principale formation d’opposition, le parti Les Démocrates, fondé par l’ex-président Thomas Boni Yayi, n’a pas pu présenter de candidats. En octobre 2025, la Commission électorale a invalidé le duo Renaud Agbodjo-Judes Lodjou, faute d’avoir réuni le nombre de parrainages parlementaires requis. Il leur manquait une seule signature sur les 28 nécessaires, suite à la rétractation d’un député. Cette décision a été confirmée par la Cour constitutionnelle.

Cet événement s’ajoute à un contexte politique dénoncé depuis plusieurs années. Des figures de l’opposition, telles que Reckya Madougou et Joël Aïvo, purgent de lourdes peines de prison pour des motifs contestés, tandis que d’autres cadres ont choisi l’exil. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), instaurée en 2016, est souvent accusée par des ONG d’être un outil de répression politique. De plus, des règles électorales strictes, comme des frais d’inscription élevés et des seuils de représentativité, ont considérablement réduit l’espace de l’opposition, qui n’a obtenu aucun siège aux législatives de janvier 2026.

Un discours tourné vers le Sahel

Dans son discours d’investiture, Romuald Wadagni a tracé deux axes majeurs. Sur le plan intérieur, il s’est engagé à ce que la croissance économique profite à toutes les couches de la population, notamment les jeunes, les femmes et les classes moyennes. En matière de sécurité, il a promis une réponse ferme face aux groupes armés actifs dans le nord du pays.

Mais le changement le plus notable réside dans son ouverture envers les pays voisins du Sahel. Parmi les seize délégations étrangères, la présence des représentants de l’Alliance des États du Sahel (AES) a été particulièrement remarquée. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, son homologue burkinabè, Karamoko Jean-Marie Traoré, et le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, étaient présents. L’annonce du nom du Premier ministre du Niger a d’ailleurs déclenché de vifs applaudissements dans l’assistance, un signal fort alors que les relations entre Cotonou et Niamey sont glaciales depuis le coup d’État de juillet 2023.

Ce geste diplomatique marque une rupture avec la posture de fermeté adoptée par le Bénin à l’égard des régimes militaires sahéliens. Le nouveau président a également adressé un message à la diaspora et aux descendants d’Africains issus de la traite, leur rappelant que le Bénin demeure leur « maison de retour ».

Les premiers chantiers du nouveau président

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la direction que prendra le nouveau pouvoir. La formation du gouvernement révélera si Romuald Wadagni compte s’entourer de nouvelles figures ou s’inscrire dans la continuité de l’équipe sortante. Le sort des opposants politiques emprisonnés sera un autre test majeur, une éventuelle loi d’amnistie étant réclamée par l’opposition. Enfin, les gestes diplomatiques concrets, comme une possible visite à Niamey, Bamako ou Ouagadougou, confirmeront ou non la volonté d’apaisement affichée envers les voisins du Sahel.